Al'ouverture du Festival Archipel, vendredi soir à la Salle communale de Plainpalais à Genève, le violoniste de l'ensemble Collegium Novum Zürich a un malaise. Le public patiente avant que Bastien Gallet, président du festival, annonce un changement de programme. Par bonheur, Pascal Gallois est en forme, car c'est son basson qui domine la première partie du concert.

Dans la pénombre, éclairée par un spot, cette pointure de la musique contemporaine puise toute l'expression contenue dans Janos Pilinsky: Gérard de Nerval de Kurtág. L'émotion est là, dans ces grands intervalles déployés sur un large spectre, aux antipodes du langage beaucoup plus sec d'Annette Schmucki. Née en 1968 à Zurich, cette compositrice joue sur le rapport entre les mots et les sons dans sa pièce arbeiten/verlieren.die wörter donnée en création. Points d'exclamation et d'interrogation ponctuent un discours pointilliste. D'ailleurs les musiciens se mettent à parler, à la manière d'automates saccadés. Certains gestes revêtent une dimension ludique, mais la pièce tourne à l'exercice de style.

Olga Neuwirth, elle, se situe à un échelon supérieur. C'est en visitant le Musée Juif de Berlin que cette Autrichienne, née elle aussi en 1968, a eu l'idée de s'inspirer de l'architecture de Daniel Libeskind pour Torsion: transparent variation. Les brisures et les redans qui rythment sa pièce pour basson et ensemble suggèrent une esthétique déconstructiviste. Une bande-son interrompt à plusieurs reprises le discours et crée des tunnels de sons sourds et diffus (il s'agit du tramway et des rues de Berlin dans les années 20). Le basson solo accompagne ces interpolations de sa respiration circulaire. Bâtie sur une mécanique complexe et impitoyable, quoiqu'un peu systématique, cette pièce combine des sons blafards (prédominance des vents) sans séduction. A prendre ou à laisser.

Avec Bernd Aloïs Zimmermann, en seconde partie, le concert prend une allure théâtrale. Présence, ballet blanc met en scène trois figures éminentes de la littérature: Don Quichotte (incarné par le violon), Molly Bloom (le violoncelle) et le Père Ubu (le piano) composent une chorégraphie pleine de poésie et de sarcasme. Et c'est au fil de gestes aussi expressifs que suggestifs, parfois drôles, que s'élabore une prodigieuse alchimie sur scène.

Archipel, Genève, jusqu'au 20 mars. Loc. 022 329 24 22. http://www.archipel.org