Ah, le concert du Nouvel An! Ses valses et ses scintillements pour oublier la grisaille et commencer l’année joyeusement. Ses artistes de haut vol. Depuis 1939, les Viennois ont institutionnalisé ce rendez-vous avec les plus grands chefs, et, il faut bien le dire, un des trois meilleurs orchestres du monde. Leur répertoire territorial puise naturellement dans le fonds de la grande famille Strauss et la soirée est suivie par 50 millions de téléspectateurs dans 90 pays. Nombre de nations ont depuis emboîté le pas à l’Autriche.

A Genève, évidemment, on est plus modeste depuis plus de vingt-cinq ans. Pas de Nelsons, Welser-Möst, Muti, Dudamel, Barenboim ou Ozawa parmi une liste étincelante de chefs (Kleiber, Karajan, Abbado…). L’OSR n’a rien à voir avec les Philharmoniker. On aurait pourtant pu le penser lors du concert d’abonnement du 8 janvier, où les musiciens ont brillé sous la baguette de Jonathan Nott.

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OSR méconnaissable

Mercredi soir, l’orchestre était méconnaissable sous la direction de Ludovic Morlot. Les troupes en jeu n’étaient pas les mêmes, certes. Mais on préfère oublier la première partie menée mollement par le chef, sans chic ni grâce, avec des décalages et de surprenants déséquilibres de pupitres. La Suite américaine et les Danses slaves (1 et 2, op. 72, 7 et 8 op.46) de Dvorák naviguaient entre relâchement et artillerie lourde.

Renaud Capuçon a sauvé la mise avec quatre musiques de films, extraites de son récent enregistrement. Après le très cinématographique Concerto pour violon d’Erich Wolfgang Korngold (aussi immortalisé au disque avec celui de Beethoven sous la baguette de Yannick Nézet-Séguin…), Renaud Capuçon s’est libéré de quelques tensions techniques dans l’œuvre de l’Austro-Américain, pour offrir avec cœur les mélodies nostalgiques et romanesques qui ont marqué le grand écran.

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D’Ennio Morricone (Cinema Paradiso) à John Williams (Schindler’s List) en passant par John Barry (Out of Africa) et Korngold encore (The Adventures of Robin Hood), grands espaces et sentiments ont envahi la salle avec tendresse et émotion, pour le plus grand plaisir de tous.