Scènes

A Genève, un spectacle sensible ressuscite Barbara

A l’Alchimic, à Genève, Aude Chollet et Adrian Filip racontent les débuts de l’artiste au cabaret parisien L’Ecluse. Emotion

Elle est joliment boudeuse, Aude Chollet. Ou pensive. Ou même absente, le visage délicatement incliné sur le côté. Le cheveu court et les yeux surlignés façon regard de biche, la jeune comédienne compose une parfaite Barbara, ces jours, à l’Alchimic, petit théâtre genevois. D’autant plus bluffante que ses doigts courent sur le piano comme ceux de la diva et que sa voix, calquée sur celle de son modèle, émeut par ses subtiles variations. D’accord, Aude Chollet est menue, alors que Monique Serf, dite Barbara, était longue, grande dame brune si bien chantée par Moustaki. Mais, sinon, phrasé, regards, attitudes: à travers ce spectacle musical qui retrace les débuts de la star, le public a vraiment l’impression de se retrouver face à l’auteur de «L’Aigle noir».

Pourquoi? Pourquoi créer en 2013 un biopic musico-théâtral autour d’une gloire de la chanson française lorsqu’on est une jeune diplômée de la Manufacture, Haute école de théâtre de Suisse romande réputée pour son approche contemporaine de la scène? «Tout est parti de la ressemblance physique», sourit Adrian Filip, comédien romand qui, dans le spectacle, incarne Dadé, le célèbre propriétaire du cabaret l’Ecluse où Barbara a fait ses premiers pas comme auteur-compositeur à la fin des années cinquante.

«Quand Aude s’est fait couper les cheveux, plein de gens lui ont dit qu’elle ressemblait à Barbara et comme on cherchait une idée pour un spectacle à présenter au festival d’Avignon, on s’est lancés sur ce sujet.» A la voir négocier avec une telle aisance les difficiles modulations des chansons, impossible de supposer qu’Aude Chollet n’était ni chanteuse, ni pianiste avant les cinq mois de création. «Je viens d’une famille de musiciens et je suis violoniste. Le piano est venu à l’oreille et j’ai trouvé ma voix en écoutant Barbara.»

Des titres qui donnent des frissons

Chapeau. Car, de «Quand reviendras-tu?» à «La Petite cantate», en passant par «Il pleut sur Nantes» et «Göttingen», les titres, bourrés d’émotion, donnent les frissons.

Situé dans le cabaret parisien L’Ecluse avec ses tables et chaises de bistrot, le spectacle ne décrit pas que les débuts de l’artiste. Il évoque aussi des éléments-clé de sa vie privée. Sa grand-mère moldave, Varvara, à qui Barbara a emprunté son nom de scène. Son amant diplomate à Abidjan. Sa tendresse pour Liliane Benelli, sa professeure de piano et compagne de Serge Lama, morte dans un accident de voiture à 30 ans. Son père, commis voyageur et sur la paille la plupart du temps, d’où de fréquents déménagements. Un père dont on sait qu’il a abusé de Barbara lorsqu’elle était enfant… Et encore son voyage en Allemagne dans les années soixante, alors qu’en 1939, la petite fille juive qu’elle était a dû fuir Paris dans un train victime des bombardements.

Ces dialogues avec Dadé sont autant de parenthèses, de respirations parfois graves, souvent souriantes dans cette soirée qui charme et bouleverse par l’intensité des chansons.

Barbara, jusqu’au 22 mai, Théâtre Alchimic, Genève, 022 301 68 38, www.alchimic.ch

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