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De jeunes acteurs boliviens rejouent la révolution française sous les ordres de Matthias Langhoff, un grand maître de la scène européenne. 
© Colin Dunlop

Spectacles

A Genève, un théâtre se transforme en «grand hôtel»

Pour son ultime saison à la tête de Saint-Gervais, Philippe Macasdar invite à passer la nuit chez lui. Et propose en outre une dizaine de spectacles de haut vol

– Please, une suite, avec vue sur le Salève…

Depuis vingt ans qu’il règne sur le Théâtre Saint-Gervais, Philippe Macasdar a souvent fait face à cette demande, raconte-t-il volontiers. Le client potentiel peut être un révolutionnaire en fuite, un artiste en rade, un amoureux en nage, peu importe: il pousse la porte de la rue du Temple à Genève et s’enquiert du prix de la chambre. Il déchante: ce bloc gris qu’il prenait pour une auberge est bien une maison de la culture, avec sa salle de spectacles en sous-sol, son autre scène sous les toits, ses espaces d’exposition.

Dans une autre vie pourtant, Philippe Macasdar aurait fait merveille en aubergiste tonitruant, capable de gloser sur un but marqué par son cher Olympique de Marseille, comme de faire l’éloge jusqu’à plus soif d’un spectacle ancien, au point de donner à son interlocuteur l’impression qu’il l’a aussi vu.

Ce goût de l’hospitalité l’a poussé à transformer sa maison en «grand hôtel», avec un «camp de base» au septième et dernier étage de l’immeuble et une chambre à partager à quatre au cinquième. C’est sa manière de tirer sa révérence, avant de passer les clés, en juin, à sa successeure Sandrine Kuster.

Un air de motel d’autoroute

«Grand hôtel»? Ah, ah, oui, mais il faut entendre l’appellation avec l’ironie qui convient. La réception du rez-de-chaussée fait plutôt motel d’autoroute – c’est ainsi que le collectif genevois d’architectes Galta l’a conçu. Quant au loft du septième étage, il s’apparente à un bivouac. Des artistes y recevront régulièrement une trentaine de spectateurs pour des nuits à tiroirs, de 22h jusqu’aux aurores.

Au lit, le spectateur!

Vous pensez réserver? Vendredi 17 novembre, l’acteur Carlo Brandt inaugurera ce refuge d’altitude avec des textes de son goût. Allongé sur un lit de camp, vous pourrez vivre sa traversée insomniaque. A l’aube, le café sera servi. «L’enjeu de ce genre d’odyssée, c’est de prendre le temps de vivre une pensée», explique Philippe Macasdar.

Brigandage poétique à quatre

Il se peut toutefois que vous préfériez les petits brigandages entre amis. Dans ce cas-là, la chambre du cinquième est pour vous, assure le maître de maison. Quatre lits escamotables, une écritoire, le portrait de Lénine, un minimalisme à la mode du Bauhaus: tout est prévu pour que le transport ait lieu, sous la conduite d’un artiste – la chorégraphe et cinéaste Fabienne Abramovich officiera la première, le 17 novembre également.

Le retour du maître Langhoff

Rue du Temple, l’édredon sera donc épique. Mais il ne saurait étouffer l’essentiel, une programmation riche d’une douzaine de rendez-vous: que des hôtes de marque! Jugez. Le metteur en scène Matthias Langhoff sera de retour dès le 5 novembre avec La Mission de Heiner Müller, jouée par de jeunes acteurs boliviens. L’actrice Claude-Inga Barbey et sa complice Doris Ittig se pencheront sur la disparition d’Agatha Christie, un jour de 1926 – Femme sauvée par un tableau. La compagnie belge Tg STAN revient elle aussi avec deux spectacles en janvier.

Conseil d’ami encore: ne pas manquer le magnétique Nicolas Bouchaud qui offrira deux escapades formidables, l’une sur les traces du critique de cinéma Serge Daney – La Loi du marcheur – l’autre sur celle de l’écrivain John Berger – Un Métier idéal.

En guise d’épilogue, Philippe Macasdar signe donc une saison en forme de générique: il a rassemblé des frères en randonnée, des créateurs qu’il suit depuis toujours – dont le graphiste Ruedi Baur et l’actrice Valentina Sergo qui, chacun, animeront un atelier. Les aubergistes distingués fidélisent leur clientèle. Philippe Macasdar est ainsi: il donne envie de passer la nuit chez lui. Au camp de base, donc!


Théâtre Saint-Gervais

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