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Au cœur de la Vieille-Ville, la Maison de Rousseau et de la littérature, située dans le bâtiment qui a vu naître l’auteur de «La Nouvelle Héloïse», va être transformée  de fond en comble. 
© David Wagnières

Littérature

«A Genève, une maison de rêve pour les écrivains»

Au cœur de la Vieille-Ville genevoise, la Maison de Rousseau et de la littérature (MRL) va connaître une extraordinaire mue. Son président, Manuel Tornare, dévoile les projets d’une institution tout entière dédiée à l’amour des beaux textes

40, Grand-Rue à Genève, vous croiserez à l’automne 2019 Joël Dicker, Pascale Kramer, Edouard Louis, Joyce Carol Oates et tant d’autres. Ces auteurs vigoureux y seront chez eux, sur les pavés de la Vieille-Ville, sous la haute protection de Jean-Jacques Rousseau. C’est que le bâtiment sévère qui a vu naître l’auteur de La Nouvelle Héloïse va vivre une métamorphose spectaculaire, grâce à la Maison de Rousseau et de la littérature (MRL). De ses caves à ses combles, il bruissera d’intelligence, entre ateliers destinés aux écoles, conférences et rencontres d’écrivains. Mieux, la pensée de Jean-Jacques, ses rêveries et ses coups de verge éclairés auront enfin droit à une scénographie digne de ce nom.

Une Maison de la littérature, donc, une vraie, comparable à celles qui rayonnent à Zurich ou à Berlin. Elle existait déjà au stade miniature, mais elle prend du volume. Pour que cette mue soit possible, il a fallu qu’œuvrent la fondation de la MRL et son président en particulier, Manuel Tornare. Ses ruses et son bagout de politicien aguerri n’ont pas été de trop pour retourner un Grand Conseil frigide sur le sujet.

Rénovation privée

A l’orée de l’été, le gros des troupes était tout sauf convaincu par la nécessité d’accorder à la MRL la jouissance du bâtiment pendant cinquante ans et une subvention en hausse, 115 000 francs en 2017, 385 000 dès 2020. Vendredi passé, le parlement genevois a opiné du chef, 58 voix pour, 17 contre et 12 abstentions.

Il faut dire que Manuel Tornare avait un argument chic et choc. La MRL a trouvé auprès de partenaires privés plus de 80% de l’argent nécessaire – un peu plus de 5 millions à ce stade – à la rénovation de l’immeuble. Jean-Jacques se pensait mal-aimé sur ses terres. Il sera désormais plus qu’honoré. 

Le Temps: Les écrivains et leurs textes sont aujourd’hui accessibles partout, via Internet notamment. Est-ce qu’une Maison de la littérature n’est pas anachronique?

Manuel Tornare: Absolument pas! Il y a une semaine, les rencontres d’auteurs organisées par le festival La Fureur de lire et la MRL ont attiré des foules considérables. On a dû refuser du monde. Le contact avec les écrivains, leurs paroles, sont essentiels. Quand une personnalité aussi fascinante qu’Erri De Luca vient parler de son rapport d’athée aux Ecritures saintes, c’est incroyablement éclairant. Les lectures de textes contemporains par des acteurs rencontrent elles aussi un très grand succès.

Mais faut-il cinq étages pour des rencontres et des lectures?

Nous avons mille projets, à commencer par ce qu’on appelle des résidences d’auteurs. Dans les combles seront aménagées trois chambres et une cuisine pour accueillir des écrivains menacés dans leur pays. Ils pourront y travailler et y vivre grâce au soutien de la fondation Icorn. Nous allons aussi monter des opérations avec les théâtres genevois, je pense au Poche dirigé par Mathieu Bertholet, dont la programmation est axée sur les écritures d’aujourd’hui. La MRL aura aussi la mission de promouvoir la vitalité littéraire de notre région. Elle devra épouser la ville, raison pour laquelle nous prévoyons un café au rez-de-chaussée.

Quelle sera la place faite à Jean-Jacques Rousseau?

Elle sera centrale. Sa vision du monde, sa pensée, son destin auront leur étage dédié. Le parcours pédagogique sera autrement plus attrayant que celui d’aujourd’hui. Nous allons nous inspirer de ce que font Roger Mayou et le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. L’université et le Musée Voltaire, qui dépend aujourd’hui de la Bibliothèque de Genève, seront des partenaires naturels pour que nous puissions monter des colloques, des expositions, des débats, etc. Rousseau passionne partout, sauf à Genève où il est mal-aimé. Il est temps de remédier à cela.

Sur quels moyens comptez-vous pour développer tous ces projets, sachant que le canton devrait vous soutenir à hauteur de 385 000 francs, dès 2020?

Nous estimons notre budget de fonctionnement à 700 000 francs, ce qui permettra de financer nos activités et les salaires de la petite équipe qui fait vivre la maison, sous la direction d’Aurélia Cochet. Une partie de ces 700 000 francs proviendra de fondations en fonction des projets.

A 300 mètres de la MRL, la Société de lecture offre déjà avec succès des rencontres, des conférences, des ateliers, etc. Ne craignez-vous pas la redondance?

Mais non! Plus il y a de lieux ouverts à la littérature, mieux c’est. J’envisage des collaborations avec la Société de lecture comme avec la Société des arts ou le Poche, comme je l’ai déjà dit. Cette synergie va faire de la Vieille-Ville un lieu littérairement magnétique.

Rien à voir. Vous êtes membre du bureau de la fondation du Grand Théâtre, institution au cœur d’une bataille entre la Ville, qui la finance, et le canton, qui a longtemps souhaité la reprendre sous son aile. Or le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, a annoncé que l’Etat mettait fin aux négociations avec la Ville, exaspéré par un certain nombre de dysfonctionnements. Le divorce est-il consommé?

C’est le genre de Genferei qui fait rire de nous loin à la ronde. Il est naturel, au vu du rayonnement régional, voire national, du Grand Théâtre, que le canton contribue à son financement. Je suis partisan dans un premier temps d’une clé de répartition qui ferait intervenir le canton à hauteur de 30% et la Ville à 70%. Mais il faut se donner du temps, pour régler par exemple la question du double statut du personnel, une partie dépendant de la Ville, l’autre de la fondation. Au printemps, un nouveau Conseil d’Etat sera élu et les discussions pourront reprendre. Certitude: on ne peut pas se permettre ces enfantillages.

Quel est l’auteur que vous offrez aux êtres qui vous sont chers?

Albert Camus souvent, Noces et L’Eté en particulier. Le jeune Edouard Louis aussi, En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence. Et beaucoup aussi les poèmes de Constantin Cavafis adaptés et traduits par Marguerite Yourcenar.

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