«Une horreur sacrée!» Voilà ce qu'éprouve le Suisse Jean-Luc Benoziglio, agnostique, comme il dit, lorsqu'on lui propose il y a cinq ans de rejoindre l'équipe de 20 auteurs et de 27 exégètes lancés dans cette entreprise titanesque: retraduire la Bible. Depuis, le grand œuvre a vu le jour sous l'égide de l'écrivain Frédéric Boyer, aux éditions Bayard (voir LT du 08.09): l'ouvrage trône sur les étals des librairies, ce qui n'empêche pas mécréants ou pieux de se jeter dessus et d'en lire des passages choisis à la lueur d'une lampe tempête les soirs de blizzard. Mais il y a mieux: sur une suggestion de Marcel Bozonnet, nouveau directeur de la Comédie-Française, le texte résonne depuis quelques mois dans les théâtres en France et ailleurs. Et ce sont les écrivains qui livrent ces «extases syntaxiques» pour reprendre la formule d'Olivier Cadiot, l'un des poètes traducteurs. Ce mardi soir à la Comédie de Genève, Jean-Luc Benoziglio, Frédéric Boyer, Anne Dufourmantelle et Jean Echenoz seront sur les planches, une Bible entre les mains. Un débat suivra, en présence de spécialistes.

Mais comment lire le Livre des livres quand on n'entend professer aucune foi? Avec modestie. C'est du moins ainsi que Jean-Luc Benoziglio aborde l'exercice. «Nous ne voulons surtout pas passer pour des prophètes vaticinant. Mais juste faire en sorte que notre travail, celui de l'exégète notamment, ressorte.» «Il fallait éviter toute théâtralisation excessive, explique de son côté Frédéric Boyer. Et prouver, par la lecture publique, que ce texte peut vivre hors des lieux traditionnels.»

Pas de prosélytisme

Quant à l'impact de cette lecture sur le public, il est difficile à mesurer. «Notre but, c'est de favoriser l'accès à ce monument, sans faire œuvre de prosélytisme, explique Jean-Luc Benoziglio. Nous ne cherchons pas à évangéliser!» «Les auditeurs, même ceux qui connaissent bien le texte, ont souvent le sentiment de le réentendre, note Frédéric Boyer. Pour ma part, j'ai l'impression, en lisant par exemple Paul que j'ai traduit, de le redécouvrir. On se souvient alors soudain que c'était une prédication. Et parfois, on a envie de reprendre la traduction…» En attendant de renouer avec le souffle des hiérophantes (puisque la Bible ne saurait être traduite une fois pour toutes), ces écrivains pèlerins prévoient encore quelques stations l'année prochaine, à Cambridge, New York et Jérusalem.

Comédie de Genève, bvd des Philosophes, lecture puis débat, ma 18 à 20h (entrée libre, rens. 022/320 50 02).