Spectacle

A Genève, une radio célébrera la danse

Ce lundi soir, l’Association pour la danse contemporaine lance son studio et sa première émission avec l’historien du corps Georges Vigarello, une sommité. L’enjeu: étendre le territoire du plaisir

Et si c’était la belle idée de la rentrée? Une manière d’étendre le territoire du plaisir? Et de joindre la pensée au geste, de faire en sorte qu’un mouvement singulier résonne autrement? Une radio sur le ring de la danse. Telle est la scène inédite proposée par Anne Davier, directrice à Genève de l’Association pour la danse contemporaine (Adc), et la chorégraphe genevoise Cindy Van Acker, artiste associée.

Un baptême des ondes, donc. Ce lundi soir, à la salle des Eaux-Vives, fief de l’ADC, Michèle Pralong et Vincent Barras feront leurs débuts devant un micro. Ces deux esprits charpentés animeront Radio Station Debout tout au long de l’année. La première est dramaturge et metteuse en scène, elle a aussi codirigé le Théâtre du Grütli à Genève. Le second est médecin, historien de la médecine, musicien et héraut de la poésie sonore. Le duo interviewera Georges Vigarello, historien français qui traque les aventures du corps à travers les siècles. Une star dans son domaine. Son livre sur la virilité a fait date.

«Les écoles d’art comme la HEAD à Genève, les centres culturels, les théâtres proposent aujourd’hui des dispositifs d’accompagnement, sur leurs sites, à travers des publications et des colloques, explique Michèle Pralong. Cindy Van Acker avait envie depuis longtemps d’un espace de parole et de pensée qui nourrisse les spectateurs après la représentation, qui suggère des optiques inédites. Elle avait déjà ce projet pour sa compagnie, elle l’a transféré à l’Adc. Notre radio permettra cela: on pourra assister à l’enregistrement de l’émission, l’écouter ensuite sur Radio Vostock, une station genevoise portée par des jeunes, ou sur la web radio DUUU; et on pourra évidemment la podcaster.»

En résonance avec les spectacles

Les émissions entreront en résonance avec les spectacles. C’est l’ambition de Radio Station Debout. Serait-ce alors réservé à des hyperspécialistes? Non, promet Michèle Pralong. L’idée de cette première saison, c’est d’éclairer des mécanismes, ceux qui font qu’on est ému devant une danseuse, ceux qui contribuent à perturber la vue ou l’ouïe, ceux qui nous plongent dans un état second. Sur les six rendez-vous prévus, les trois de l’automne tourneront autour du corps, ceux du printemps graviteront autour de l’oreille. Dans plusieurs spectacles, les danseurs chantent. Radio Station Debout se penchera sur ce rapport entre son et geste.

«Chaque invité est un spécialiste qui a un talent de vulgarisateur, poursuit Michèle Pralong. La conversation dure une heure, elle s’articule en trois actes, autant de thèmes. Georges Vigarello devrait ainsi parler du corps redressé, de la naissance d’une nouvelle perception de soi au début du XXe en résonance avec l’invention de la danse moderne, de la silhouette enfin.»

Un journal, une station

Des ondes, des vibrations et de l’encre. L’Adc peaufine sa différence. Il y a quelques jours, la techno de la chorégraphe Salsa Sanchis a électrisé trois soirs de suite une salle bondée. Prochainement, une nouvelle formule de son journal – une référence – devrait affirmer ses ambitions. «La radio privilégiera historiens, anthropologues, neuroscientifiques, tandis que le journal sera dédié aux artistes, ce qui signifie des approches plus inventives», se réjouit Anne Davier.

La danse contemporaine est une spécialité genevoise, un atout, souligne volontiers Thierry Apothéloz, ministre cantonal de la Culture. Symbole de cette vitalité, l’Adc prendra possession de son théâtre dès septembre 2020, sur la place Sturm, au cœur de la ville.

«L’Adc possède un extraordinaire centre de documentation sur l’histoire de la danse dans notre région, rappelle Michèle Pralong. La radio, le journal s’ajouteront à cette mémoire. Nous vivons une période faste, pensez à tous les artistes genevois qui se produisent ici et en Europe, La Ribot, Gilles Jobin et Cindy Van Acker qui vient d’être faite en France Chevalier de l’ordre des arts et des lettres, ce qui est quand même une reconnaissance.»

Radio Station Debout est l’emblème de cela: un élan qui se prolonge dans le creux de l’oreille.


Radio Station debout, Genève, salle des Eaux-Vives, rue des Eaux-Vives, lu 15 à 19h, entrée libre.


Une nouvelle scène au cœur de la ville

Plus une chimère. Bientôt une membrane en bois clair. Et en septembre 2020, une libération pour les amoureux du beau geste. On ne parle pas ici du nouveau Théâtre de Carouge, en construction, ni de son cousin, la Comédie de la gare des Eaux-Vives. Mais du Pavillon de la danse, une salle de 220 sièges, lovée dans une structure légère, une boîte d’allumettes, dirait-on. Le projet est signé ON architecture, équipe lausannoise lauréate d’un concours auquel ont participé 65 bureaux.

Cette fois, c’est une certitude, s’enthousiasme Anne Davier, directrice de l’Adc. Après vingt-deux ans de bataille de l’ombre, de projets suspendus, d’espoir avorté – une maison de la danse à Lancy balayée en 2006 par un référendum – de discussions avec les pouvoirs publics, une salle dédiée aux héritiers de Noemi Lapzeson verra le jour. Le Conseil municipal genevois l’a décidé ainsi le 8 février passé. Ce soir-là, une majorité approuvait le crédit de construction, quelque 11 millions auxquels s’ajoutera un million, somme collectée par l’Adc auprès de partenaires privés.

«Un bâtiment en adéquation avec notre époque»

En janvier prochain, ouvriers, contremaîtres et ingénieurs creuseront leur trou sur la place Sturm, cette esplanade à l’identité floue qui cultive son spleen à l’ombre de l’église russe et des beaux quartiers de la ville. A vrai dire, ce no man’s land a longtemps eu mauvaise réputation. A l’aube des années 2000, il était prévu que le nouveau Musée d’ethnographie s’y enracine. Le 2 décembre 2001, la population genevoise opposait dans les urnes un «niet» cinglant à ce projet.

Mais le vague à l’âme de la place Sturm, c’est fini. Ces jours, Anne Davier cogite sur les luminaires du foyer et les miroirs des loges. «Ce sera un bâtiment en adéquation avec notre époque, souligne-t-elle. Il ne sera pas monumental, mais souple et fonctionnel. Il s’inscrira dans les lieux avec douceur.» Avec ses 17 mètres d’ouverture, son aire de jeu de 12 mètres sur 12, le plateau fait déjà rêver. Tout comme le rapport entre la salle et la scène estimé idéal par les professionnels.

Cindy Van Acker et Anne Davier habitent déjà virtuellement ce pavillon. Leur Radio Station Debout y émettra. Que des bonnes ondes, en somme.


Saison de l’Adc: adc-geneve.ch

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