Alliance

A Genève, Ville et Etat définiront désormais leur priorité culturelle ensemble

Les exécutifs de la Ville et de l’Etat ont solennellement affirmé hier leur vœu de collaborer étroitement sur le plan culturel. Ils s’engagent ainsi de concert à financer le projet de Nouvelle Comédie, qui pourrait voir le jour en 2018. Et si cette concorde-là était historique?

Et si c’était historique, vraiment? Sous les lustres du Grand Théâtre, la Ville et l’Etat ont affirmé hier leur vœu de collaborer sur le champ culturel. Evident sur un territoire aussi exigu que Genève? Pas du tout. Pendant des années, chacun y allait de sa priorité. Cette époque a vécu. La nouvelle loi sur la Culture adoptée le 16 mai dernier par le Grand Conseil a modifié la donne. C’est ce que le président du Conseil d’Etat, Charles Beer, son collègue François Longchamp, ministre de l’Urbanisme, mais aussi la maire de la Ville, Sandrine Salerno, et le conseiller administratif chargé de la Culture, Sami Kanaan, ont expliqué, sous l’œil des putti, ces angelots qui zieutent les chanteurs à l’opéra.

Quatre ténors pour un aria qui fera date? Oui. Et la partition, n’était la gravité des magistrats, serait presque joyeuse qui annonce un engagement substantiel de l’Etat en faveur de la Nouvelle Comédie et du Grand Théâtre. Mais, avant d’aller plus loin, il faut dire que le jour choisi pour «cette déclaration conjointe» n’est pas anodin. Dimanche prochain, les Genevois éliront leur nouveau Conseil d’Etat. Selon toute probabilité, François Longchamp en sera. Charles Beer, lui, fera ses cartons: après dix ans à la tête du Département de l’instruction publique et de la culture, il ne s’est pas représenté. Mais, avant de remettre son maroquin, le magistrat socialiste se devait de parachever son œuvre. Il a porté la nouvelle loi sur la Culture. Il lui donnera, avant de partir, un horizon, histoire de la soustraire aux aléas de l’élection. La déclaration des deux exécutifs est une forme d’assurance. Au-delà des personnes, c’est un esprit qui doit prévaloir, pour que de grandes choses s’accomplissent et que Genève échappe à ses inerties.

L’avantage de cet attelage à deux têtes, c’est qu’il accélère le cours des choses. A commencer par le chantier de la Nouvelle Comédie. Le 2 octobre, Sami Kanaan expliquait au Temps (lire LT du 02.10.2013) qu’il faudrait sans doute en différer le début; que la Ville ne pourrait financer de front et la restauration du Grand Théâtre estimée à 65 millions et la construction de ce vaisseau de verre qui se dressera dans le quartier de la gare du CEVA, sur les hauteurs des Eaux-Vives. Les professionnels étaient atterrés, à l’image de l’Association pour une nouvelle Comédie, qui œuvre depuis plus de dix ans. Hier, Charles Beer a confirmé que l’Etat financerait la construction à hauteur de 45 millions, soit presque la moitié du coût total – on parle d’un peu moins de 100 millions. Cette participation échelonnée permet d’espérer une ouverture pour 2018, dans le sillage de la nouvelle gare.

«Ce chantier est un acte urbanistique majeur, explique François Longchamp. Il ne serait pas opportun de laisser un trou immense à quelques pas de la station. Nous ne voulons pas que la construction du théâtre prenne du retard.»

Autre engagement notable, l’Etat contribuera au budget de fonctionnement du Grand Théâtre pour 1 million en 2015, 2 millions en 2016 et sans doute davantage dès 2017, à condition toutefois que la réforme de la péréquation financière intercommunale, actuellement en discussion, aboutisse. Là aussi, c’est une micro-révolution, de nature à soulager la maison de la place Neuve.

A ce stade, le spectateur ne peut qu’applaudir. Ce d’autant que l’Etat devrait contribuer encore au financement du nouveau Théâtre de Carouge prévu sur son site actuel. Ce soutien annoncé pourrait encourager le Conseil municipal carougeois à passer à l’acte.

Mais ces annonces ne sont que les prémices d’une collaboration à long terme dans le but de définir des priorités communes. A l’avenir, les sujets de discussion devraient fleurir, l’aide à la création des indépendants par exemple. Faut-il encore que Ville et Etat aient chacun une commission d’attribution des subventions? Ou peut-on imaginer une autre répartition des rôles?

Présent au Grand Théâtre, l’acteur Jacques Michel, lui, se réjouissait de la tournure des événements. Non, la vie culturelle n’a pas viré au rose. Mais, au nom de l’Association pour la nouvelle Comédie, il affichait son soulagement. Dans quelques jours, sourit-il, une demande d’autorisation de construire devrait être déposée auprès du Département de l’urbanisme. La Nouvelle Comédie redevient tangible. Les coups de pioche, c’est pour demain. Et les trois coups pour 2018?

«Nous ne voulons pas que la construction du théâtre prenne du retard», déclare François Longchamp

Publicité