L’air du temps fait tomber les masques et les ogres sont nus. Symptôme? Sur nos scènes, les arrière-petits-fils d’Abraham, Laïos, Lear, tous faillibles, mordent la poussière. A l’affiche à Genève, respectivement au Poche et au Théâtre de l’Alchimic, Trop courte des jambes et Faut-il laisser les vieux pères manger seuls aux comptoirs des bars sondent, chacun à sa façon, cette alvéole par définition sensible où un père et une fille tentent d’accorder les violons de leur tendresse. Sauf qu’ici une perversion dévaste cet éden fragile.

Deux déflagrations donc. Au Poche, c’est l’autrice zurichoise Katja Brunner, 28 ans, qui crée le malaise en disséquant une liaison fatale entre un père et sa fillette. La metteuse en scène Manon Krüttli plonge quatre comédiens dans une nasse où faits et figures flottent. On serait captif si la dramaturge, dont le texte a été couronné par un prix, ne cédait pas, dans sa deuxième partie, à une logorrhée morbide qui noie le propos.