Le sujet avait fait grand bruit en automne dernier. Agressions présumées à la seringue et multiples témoignages de verres empoisonnés au GHB, autant d’affaires jetant un froid sur le monde de la nuit et ses fêtes, accusées d’être peu sûres, surtout pour les femmes et les personnes LGBTQIA+. Depuis, certains lieux ont décidé de prendre les choses en main avec des actions concrètes. L’Usine de Genève a mis sur pied un groupe de travail en mixité choisie, sans homme cisgenre [ndlr: dont le genre ressenti correspond au genre assigné à sa naissance], les Météorites. Le but: «engager un travail sur la prévention et sur la gestion d’agression et de harcèlement sexiste et/ou envers les personnes LGBTQIA +. [Le groupe] travaille notamment sur des formations pour le staff et la rédaction de protocoles», peut-on lire sur le site de l’Usine.

Un groupe de travail au féminin pluriel

Petit rappel des faits pour commencer. Les cas d’agressions sexuelles et d’empoisonnement à la drogue du violeur ne sont malheureusement pas des phénomènes nouveaux entre les murs des clubs. Une série de cas d’agressions à la seringue avait fait grand bruit de l’autre côté de la Manche en octobre dernier, puis ce fut au tour de la Suisse romande d’être confrontée à des signalements de la sorte. Cet épisode fut suivi de vives réactions de la part de milieux féministes, appelant même au boycott des boîtes de nuit. Il était notamment reproché aux établissements de ne pas faire assez de prévention en la matière, mais aussi de ne pas prendre en charge de façon adéquate les victimes en cas d’agression.

Des questions sur lesquelles planche désormais l’Usine qui assume également sa part de responsabilité dans le problème: «On ne devrait pas se sentir en danger, ni s’inquiéter des personnes qu’on rencontrera. […] Mais dans les faits, ces choses arrivent. Et nos réponses n’ont pas toujours été à la hauteur. L’Usine n’est pas un lieu où tout le monde se sent à l’aise et en sécurité.» Une adresse e-mail a aussi été créée afin de récolter les témoignages de potentielles victimes. Une façon de trouver des solutions pour régler les problèmes pouvant survenir à l’interne, dans le staff, ou lors de soirées avec un public extérieur.

Créer un lien de confiance

Le Zoo a quant à lui fait un pas supplémentaire pour agir en amont de cette problématique: des soirées en mixité choisie sans homme hétérosexuel cisgenre. L’organisation de tels événements faisait d’ailleurs partie des revendications de certains groupes féministes en automne dernier. La première soirée a été organisée début décembre 2021, avec un certain succès témoigne Melina Johnsen, responsable de la communication au Zoo: «Nous avions choisi un soir de semaine pour «tester» ce genre de soirée. Dans sa majorité, le public était déjà habitué à de tels espaces, sans homme cisgenre hétérosexuel. L’événement a bien marché et le prochain se fera en week-end.» Pour le Zoo, il s’agit moins d’interdire la venue des hommes que de créer un environnement le moins oppressif possible.

Si le public est exclusivement féminin ou LGBTQIA+, c’est aussi le cas pour le staff et les artistes qui performent aux soirées en mixité choisie d’Osez Zoé. Une façon de mettre en lumière des personnes qui continuent d’avoir moins souvent la chance de se trouver derrière des platines que leurs homologues masculins. Si le Zoo compte organiser sporadiquement des événements similaires, il ne voit pas cela comme une solution définitive à cette problématique, mais plutôt comme la mise en place d’un outil provisoire qui semble déjà faire ses preuves: «Nous avons eu beaucoup de retours positifs sur la soirée. Ça nous a permis d’échanger avec le public, de créer un lien de confiance.»

Des réactions contrastées

Osez Zoé pose néanmoins des questions de fond quant au fonctionnement de l’établissement. Le Zoo – et l’Usine dans son ensemble – prône l’inclusion et un accès non discriminant à ses soirées. Il avait fustigé l’introduction du certificat sanitaire qui ne lui permettait plus d’offrir une «accessibilité à tou·te·x·s», même si la mixité choisie répond à une tout autre problématique. Ces soirées ne vont cependant pas à l’encontre de la politique du Zoo, selon Melina Johnsen: «Il ne faut pas perdre de vue que si Osez Zoé existe, c’est que les lieux nocturnes ne sont pas suffisamment safe pour tout le monde.» Sur le moment, aucun problème à signaler et les rares personnes refoulées à l’entrée, passé la déception de ne pas pouvoir faire la fête, ont compris le but de l’événement.

Pour le Zoo, la mixité choisie peut néanmoins représenter un risque financier. A l’heure où les boites de nuit ont encore de la peine à faire le plein à cause de la 2G+, se couper d’une partie de son public est un sacré pari. Même constat avec un staff divisé par deux et la possibilité de devoir tourner en sous-effectif. Si les retours ont été positifs pour ce premier essai au Zoo, d’autres établissements n’ont pas reçu le même accueil. D’après un article de la Tribune de Genève, la ludothèque du Petit-Saconnex a finalement annulé sa soirée jeux de vendredi passé, elle aussi prévue en mixité choisie, à la suite de réactions violentes reçues sur les réseaux sociaux. Le PLR Ville de Genève s’est même fendu d’un communiqué rappelant «que la ludothèque est subventionnée par l’argent public», et dénonçant «ces nouvelles discriminations mettant en péril la démocratie.» Deux salles, deux ambiances…