Genève, qui n'avait jamais jusqu'ici monté ni accueilli de rétrospective Hodler, peut pourtant s'enorgueillir de posséder la plus importante collection au monde d'œuvres du peintre. Soit 144 tableaux, ainsi que des centaines de dessins et de nombreux carnets, qui couvrent toute la carrière. Ces pièces n'ont jamais pu être montrées dans leur ensemble, et elles ne le seront pas pour le moment, en dépit du vœu de Jura Bruschweiler, spécialiste genevois de Ferdinand Hodler. Car la place manque, et le musée a opté pour un choix représentatif (assorti d'un nouvel accrochage au Musée d'art et d'histoire lui-même).

Au Rath, plus de 80 peintures (qui comprennent des cartons et des études préparatoires) sont réparties selon leur thème, le genre auquel elles appartiennent. Cela commence avec une dizaine d'autoportraits, du portrait de jeunesse daté de 1872 (arrivé à Genève depuis peu, le jeune artiste se destinait à la peinture de paysage dans la ligne d'Alexandre Calame et de François Diday) à cette peinture de 1916, où le peintre se représente les yeux plissés, le regard scrutateur, une espèce de sourire aux lèvres. Cela se poursuit avec l'image des métiers, paysan, vigneron vaudois ou bûcheron, mise en scène dépouillée d'hommes figés, comme accablés par leur labeur.

Une petite salle réunit des compositions plus intimistes, plus chaleureuses, impressionnistes (La femme à la jarretière, 1887, ou ce portrait très classique de Marie-Elise Berhard-Hodler, sœur de l'artiste, 1880). Contraste, lorsqu'on pénètre dans la salle centrale, qui contient quelques peintures d'histoire, une étude du Guerrier furieux et la version finale du même tableau, où ont été ajoutés des éléments de décor – cadavres et marguerites. Grande aussi, la salle suivante pose face à face les portraits masculins, d'assez grands formats, et les portraits féminins, plus petits. Portraits frontaux, dont le fond clair, uni, est destiné à faire ressortir la forme de la tête et l'expression.

C'est l'expression souriante de Lina dans Le Sourire (vers 1916), expression qui semble de moins en moins souriante, de plus en plus inquiète, à mesure qu'on s'éloigne du tableau; ce sont les expressions un peu hagardes des autres modèles, ou graves, décidées, du général Ulrich Wille ou de James Vibert. C'est la très belle expression, à la fois douce, têtue et courageuse, d'Aloïse Crozat née Petit-Pierre, telle que Hodler l'a dépeinte en 1887. Les paysages, qui étaient à l'honneur au Musée Rath en 2003 et y avaient vu défiler 77 000 visiteurs, sont relégués au sous-sol, vues magnifiques de la rade de Genève, opposant le ciel et l'eau. Et puis, il y a la série des dessins sur le thème de la maladie et de la mort, lente agonie des femmes aimées, Augustine Dupin et Valentine Godé-Darel, à laquelle le peintre dédie de modestes Pensées en 1915.

C'est ainsi que se décline la carrière du peintre, qui l'a passée à Genève, où il a vécu les trois quarts de son existence, où il a systématiquement participé à toutes les expositions, tous les concours, affirmant son talent et assumant son métier de peintre. L'exposition, à se vouloir représentative à la fois de la collection genevoise et des facettes de l'artiste, paraît un peu éclatée, certes moins éclatante et moins convaincante que celle de 2003, conçue en collaboration avec le Kunsthaus de Zurich et l'Institut suisse pour l'étude de l'art. Elle a le mérite de rappeler cette appartenance genevoise du peintre bernois, et l'historique de la collection.

Ferdinand Hodler et Genève. Collection du Musée d'art et d'histoire. Musée Rath (pl. Neuve, Genève, tél. 022 418 33 40). Ma-di 10-17 h sauf me 12-21 h. Jusqu'au 21 août.