La notion de bricolage évoque tout autant le génie créatif que l'à-peu-près, le provisoire. C'est cette piste valorisée que Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser ont voulu explorer dans l'art contemporain. Et ce, dans la lignée de Claude Lévi-Strauss, qui, dans La Pensée sauvage (1962), oppose la figure du bricoleur (développant son activité par une pratique qu'il met au point lui-même) à celle de l'ingénieur (appliquant un savoir théorique). Pour l'anthropologue, l'artiste tient à la fois du savant et du bricoleur, puisqu'avec des moyens artisanaux, il crée un objet de connaissance. Il lui arrive de planifier son travail, d'en anticiper les résultats, tout en réunissant les instruments et le matériel nécessaire. Il lui arrive de se débrouiller avec les outils qu'il a sous la main, en utilisant des solutions de fortune, et d'improviser. C'est, finalement, cette capacité à se saisir des choses pour les soumettre à ses fins qui caractérise le travail de l'artiste

Le duo d'Attitudes a trouvé le thème d'autant plus intéressant que le temps libre et les nouvelles technologies aidant, chacun devient aujourd'hui un bricoleur, par souci de recyclage ou pour créer sa start-up. Et les artistes de l'exposition questionnent ses phénomènes de construction, de récupération, de transformation. Comme le faisait déjà, au milieu des années 80, le Français Joachim Mogarra. Il est un peu le parrain de l'exposition, où figurent quelques-unes de ses photos. Avec des cartons, des bouteilles, quelques livres ou des chaussures de tennis, il a élaboré des paysages aussi divers que Les Crassiers à Longwy, le Grand Hôtel à Tombouctou, Le Camping à la plage…