Cinq toiles de Zao Wou-ki rejoignent Lausanne

> Beaux-arts Les œuvres du peintre chinois prêtées au musée cantonal

L’annonce marque l’avancement du projet de pôle muséal

Cinq œuvres du peintre franco-chinois Zao Wou-ki enrichissent désormais le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne via un prêt de cinq ans renouvelable. La veuve de l’artiste de renommée internationale décédé à Nyon en 2013, Françoise Marquet, a donné la nouvelle ce mardi face aux médias.

L’annonce a scellé la présentation devenue quasi traditionnelle de l’état d’avancement du projet de pôle muséal, sur une friche ferroviaire à deux pas de la gare CFF. Une manière de réaffirmer l’attrait grandissant de la «cité des arts» naissante dans la capitale vaudoise, a insisté Pascal Broulis, responsable des finances de l’Etat et président du comité de pilotage de l’entreprise. Dans la foulée, le magistrat a évoqué d’autres opérations similaires, qui seront bientôt communiquées.

Françoise Marquet a contacté le canton il y a six mois, explique Bernard Fibicher, directeur du Musée des beaux-arts. La troisième épouse du peintre, avec qui elle a partagé près de 40 ans, valorise son œuvre à travers une fondation. Elle a proposé à Bernard Fibicher de choisir cinq tableaux parmi la production abondante réalisée par Zao Wou-ki pendant sa longue carrière.

Les toiles retenues figurent le parcours plastique de Zao Wou-ki de 1949 à 2006. On passe d’une approche figurative à une abstraction dite «lyrique» fondée sur l’appel de la couleur. Le peintre avouait son admiration pour Paul Klee. Les grands formats, frisant le monumental, tel un triptyque peint entre 1997 et 1998, magnifient «la recherche sur les ruptures de rythme et les rapports des masses colorées», écrit Bernard Fibicher.

Née en 1920 à Pékin, l’artiste quitte la Chine en 1948 et s’établit à Paris. Il sera l’ami d’Alberto Giacometti, de Nicolas de Staël, de Pierre Soulages. En 2011, il s’installe à Dully, près de Nyon, avec sa femme, ancienne conservatrice du Musée d’art moderne de Paris. Il y meurt deux ans plus tard atteint de la maladie d’Alzheimer et sera enterré au cimetière de Montparnasse. Au fil du temps, les œuvres du peintre ont conquis les collectionneurs et les musées. Et elles s’échangent à prix d’or.

Sa succession fait l’objet d’une âpre bataille juridique entre Françoise Marquet et Zhao Jialing, fils né d’un premier mariage. Celui-ci a toujours contesté le déplacement en Suisse. Selon Graziella Burnand, avocate de l’épouse, une solution serait cependant en vue, susceptible de mettre un terme au litige.

Avant l’annonce de ce prêt, Pascal Broulis a fait le point de la situation au sujet du pôle muséal. Accompagné d’Anne-Catherine Lyon, ministre de la Culture, Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, et Olivier Steimer, président de la Banque Cantonale Vaudoise ainsi que de la fondation de soutien au pôle muséal, le magistrat a salué les progrès enregistrés.

Le financement privé du nouveau bâtiment consacré aux beaux-arts, soit 33,2 millions de francs sur les 82,6 au total, est sous toit. La Fondation Gandur pour l’art qui offre 3 millions (lire ci-contre), Audemars Piguet, 2 millions, Philip Morris, 400 000 francs et un montant de 2 millions alloué par un anonyme complètent la liste des dons déjà récoltés et des mécènes. On y trouve, entre autres, la Loterie Romande et les fondations Damm-Etienne, Göhner et Nestlé.

Après le traitement de deux recours auprès du Tribunal cantonal contre le permis de construire, et sous réserve d’un recours final au Tribunal fédéral, le chantier du Musée des beaux-arts devrait démarrer cette année et s’achever en 2018. Le concours d’architecture pour les deux autres édifices promis au Musée du design et des arts appliqués (Mudac) et à celui de la photographie (Elysée) va être lancé prochainement. Le jury a été constitué et comptera, en tant que vice-présidents, David Chipperfield et Kengo Kuma, deux architectes mondialement connus. Les lauréats seront connus au mois d’octobre.

La recherche des fonds pour cette deuxième phase bat aussi son plein. Il s’agit de réunir 100 millions de francs, dont une quarantaine issue du secteur «privé». Le canton assurera à son tour 40 millions et Lausanne le reste.

Enfin, dans le but de doter le «quartier culturel» en gestation de la gouvernance nécessaire, les autorités ont institué un Conseil de direction du pôle muséal. Chantal Prod’Hom, directrice du Mudac, en prend les rennes. Il rassemblera les responsables des deux autres musées et des fondations également concernées, Félix Vallotton et Toms Pauli.

Pour nourrir l’intérêt du public et marquer le calendrier du projet, une manifestation impliquant les trois maisons aura lieu au mois de juin. Un parcours artistique et urbain reliera les musées et aboutira aux anciennes halles CFF. L’événement préfigurera la métamorphose d’un site industriel inaccessible en morceau de ville ouvert à la population, amateurs d’art ou simples flâneurs.

Le litige sur la succession du peintre serait en passe d’être réglé, indiquel’avocate de l’épouse