En 2011, Nadav Lapid recevait le Prix du jury du Festival international du film de Locarno pour Le Policier, son premier long métrage. Il y racontait l’histoire d’une faction antiterroriste israélienne et d’un groupe d’extrême gauche. Le voici qui accède aujourd’hui au graal de la compétition cannoise avec son quatrième film, Le Genou d’Ahed, qu’il explique avoir écrit dans l’urgence, extrêmement rapidement, après avoir reçu un appel de la directrice adjointe des bibliothèques du Ministère de la culture, lui demandant s’il accepterait de venir présenter un de ses films dans un village reculé de la région désertique d’Arava.

Ce qui l’a interloqué, au cours de leur conversation, c’est la demande faite de remplir un formulaire contenant non seulement les détails techniques de la projection, mais aussi des cases à cocher en fonction des sujets qu’il souhaiterait aborder lors de la conversation suivant la projection. Sans ce formulaire, impossible d’avoir l’autorisation nécessaire. La liberté d’expression serait-elle désormais limitée en Israël? Il a fait de cette expérience un scénario.

Trop sûr de ses effets

Voici donc Y, un réalisateur branché de Tel-Aviv débarquant dans l’Arava. Il y est accueilli par la jeune directrice adjointe des bibliothèques du Ministère de la culture. Elle apprécie ses films, il va flirter avec elle, mais va surtout se confier, lui raconter son expérience traumatisante de jeune soldat. Etre au service de sa patrie? Pas question. Pour lui, Israël est un «Etat juif nationaliste et raciste».

Sur un autre film de Nadav Lapid:  Les convulsions de la société israélienne

Si le fond est intéressant, si à travers la frustration et la honte de Y, c’est celle de Lapid et d’une partie de la population qui s’exprime, Le Genou d’Ahed est malheureusement plombé par un maniérisme embarrassant, des mouvements de caméra qui ne servent à rien et une première partie laborieuse avant que le récit ne se tende réellement. On oserait presque avancer que trop sûr de ses effets, le cinéaste israélien a signé un film calibré pour les festivals.