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Liam Gallagher en concert à Berlin, 30 septembre 2017.
© Frank Hoensch / Redferns

Musique

Genou à terre, Liam Gallagher sort son premier album solo

Le chanteur anglais publie l'album «As You Were» et tend la main à son frère pour reformer Oasis prochainement

Qui vivait pour recevoir des nouvelles de Liam Gallagher? Huit ans après la fin d’Oasis, l’aventure inutile menée avec Beady Eye, une somme ahurissante de déclarations grasses où le bad boy cognait sur son frère Noel, on pensait avoir perdu l’interprète de «Wonderwall», mais sans le regretter. Car quoi? Idiot souverain, artiste limité et beauf assumé, le Mancunien n’a jamais brillé par ses talents de musicien. Plutôt par sa morgue étudiée et une somme d’excès rock’n’roll, dont, jure-t-il maintenant, le voici définitivement rangé, sortant même un disque solo pour l’assurer. Douze titres qui ne semblent exister que pour convaincre son aîné, sans lequel il n’est pas grand-chose, que reformer Oasis serait une épatante idée. Que voulez-vous: l’indifférence, ça finit par peser.

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«C’est pas ma faute, c’est celle de l’autre.» Au cours de la tournée de promotion qu’il a récemment assumée afin d’accompagner la sortie d’As You Were, William John Paul Gallagher (son vrai nom) a répété ce seul message en se gardant, pour changer, d’insulter ou frapper qui l’interviewait. L’âge, probablement. Le lad anglais a 45 ans maintenant. Depuis presqu’une décennie, il intéresse bien peu, privé d’Oasis sabordé un soir d’août 2009 peu avant de monter sur la scène du festival parisien Rock en Seine. Avant cela, il le concède désormais, «oui», il s’était aveuglément vautré dans l’indécence, jouant à fond la rock star car croyant que là était son métier, avait cent fois poussé son frère à bout et n’avait pas un instant imaginé que l’autre serait un jour capable de fermer une boutique qu’il tenait seul depuis dix-huit ans. «Je suis le cerveau du groupe, résumait alors Noel. Liam est le crétin de la bande. Et les trois autres sont les trois autres.»

Redevenir des frères

Mais voilà, aujourd’hui que «Gallagher-le-petit» s’est rangé des voitures, qu’il a compris ses erreurs de jeunesse, s’est désintoxiqué, bref a changé et muri, énumère-t-il, il serait largement temps de passer l’éponge sur les brouilles homériques d’avant. Pas vrai? D’oublier vingt ans de rivalité, de mêlées, de noms d’oiseau par armée, et vers la fin de disques médiocres et de concerts pauvres, afin de remettre à flot Oasis, parmi les plus sémillants cargos nés de l’ère britpop. «C’est mon groupe, déclarait Liam récemment à l’animateur radio new-yorkais Howard Stern. Noel et moi devons d’abord redevenir des frères avant de commencer à parler de musique, je pense. Une fois qu’on aura envie de s’entendre tous les deux, inévitablement, l’étape suivante serait de ressortir Oasis pour faire un dernier tour.»

Mais pour quoi faire, au juste? Si l’on doit aux Mancuniens quelques hymnes savoureux («Supersonic», «Wonderwall», etc.) nés d’une époque où la pop anglaise visitait ses racines en rénovant ses esthétiques, il est difficile d’oublier combien ce groupe délicieusement irrévérencieux à ses débuts s’est progressivement vautré dans la facilité, caricaturant sans plus y croire les Beatles auxquels il voulait obstinément se comparer. Mais passons. Car pour l’heure, l’avenir de Liam Gallagher est en question. Et bien incertain. Jusqu’ici, et malgré ses appels répétés, son aîné ne s’est pas manifesté. Pas même pour commenter – ou descendre en flamme, selon la tradition familiale – ce As You Were, plutôt réussi, sans être renversant pour autant.

Vivre en star totale

As Your Were: un disque d’Oasis, sans l’immédiate évidence de (What’s the Story) Morning Glory? (1995) ou les heureuses nuances psychédéliques de Dig Out Your Soul (2008). Un album pop comme un autre, en somme, où les titres «For What It’s Worth», «Wall of Glass», «Greedy Soul» ou «Chinatown» sonnent agréablement familiers sans qu’on parvienne à s’y intéresser tout à fait. Cela parce que si Liam offre à la lettre ce qu’on attend de lui (chant nasillard et traînant, voyelles hachurées et timbre paraissant se corroder), l’habituelle désinvolture qu’il affiche échoue cette fois à masquer l’évidence: il n’est pas un songwriter.

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Son talent n’est pas à chercher dans l’ébauche de mélodies cool ou géniales, mais dans le danger que ce frontman exceptionnel sait inoculer d’instinct, bras croisés sur les reins et dragée haute face à un micro, glapissant les mots d’un autre comme au sortir d’un pub. Ses incapacités, le dernier de la fratrie Gallagher en a conscience. Clairement. A ce point qu’il met enfin de côté l’orgueil qu’on lui connaît, présentant ce disque en solitaire comme une tentative de renaître au monde et, peut-être, précipiter une réconciliation dont dépend sa couronne.

On le comprend. Deux décennies à se croire intouchable, à vivre en star totale une existence à laquelle rien ne vous prépare quand vous grandissez à Longsight et Burnage, banlieues prolétaires désolées de Manchester, à se comporter parfois comme un parfait sauvage et trouvant toujours un imbécile pour vous pardonner ou vous encourager à continuer, ça vous rend vulnérable au vide une fois effondrée la célébrité sur laquelle votre vie est tout entière fondée. Liam Gallagher en est là. A pleurer son trône d’autrefois, l’adulation sidérante dont il fut l’objet et, sans pudeur, à maintenant s’en remettre à son meilleur ennemi pour le sauver d’un oubli programmé. Et tant pis si ces appels à l’aide tournent encore parfois à l’outrage, comme lorsqu’il lui reprochait sur Twitter son absence au concert de charité donné à Manchester suite aux attentats du 22 mai 2017: «Noel n’est pas dans ce putain de pays, écrivait-il. Prends un putain d’avion et viens jouer les chansons pour les gosses, pauvre connard!»

Mais prière ou insulte: qu’importe. Tout est bon pour maintenir un lien avec le cerveau d’Oasis. Ce grand frère a qui Liam doit d’avoir régné. Ce groupe, selon Noel, qu’au fond de lui Liam savait ne pas mériter, qu’il a essayé de détruire jusqu’à finalement y parvenir, et qu’on découvre maintenant chanter, écorché: «Pour ce que ça vaut, je suis désolé pour le mal causé.»


Liam Gallagher, «As You Were» (Warner Music).

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