Kent Haruf. Les Gens de Holt County. Trad. de Anouk Neuhoff. Laffont, 416 p.

Dans ses romans, Kent Haruf (né en 1943 au Colorado, ex-objecteur de conscience) décrit une Amérique rurale, silencieuse, confinée dans des secrets qu'il exhume avec une pudeur magnifique. En même temps que Colorado Blues (une histoire à la Maupassant qui ressort en Pavillons Poche), voici un beau roman, Les Gens de Holt County: on y retrouve les décors favoris de Kent Haruf – le Colorado des confins – ainsi que les personnages qu'il avait déjà mis en scène dans Le Chant des plaines, traduit en 2001 chez Laffont.

Après avoir été chassée par sa mère parce qu'elle était enceinte, la petite Victoria, 17 ans, est recueillie dans la ferme de deux vieux célibataires, Harold et Raymond. Elle va à son tour les protéger, et remettre un peu de vie dans leur quotidien avant la mort tragique de l'un des deux frères, tué par un taureau. Mais il y a bien d'autres personnages attachants dans ce récit: Rose, l'assistante sociale aux allures de mère Courage, ou DJ, le jeune orphelin qui veille sur son grand-père… Tendresse, sobriété, solidarité avec les humbles, Kent Haruf est un auteur discret, dont les livres sont des modèles de compassion.