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Georg Büchner et la découverte du lien entre violence et langage

Une nouvelle traduction de «Woyzeck» met en lumière l’intuition majeure de l’auteur allemand mort à 23 ans

Il s’agit sans doute de la pièce qui marque le début de ce qu’on pourrait qualifier la modernité dans le théâtre européen. Laissée à l’état de fragments par son auteur âgé de 23 ans qui devait mourir la même année (1837), Woyzeck, la dernière pièce de Georg Büchner, est à sa façon un brûlot. Son personnage central, un être perdu dans un monde qu’il ne comprend pas et qui ne le comprend pas, est un antihéros qui fait signe vers tous ceux qui vont peupler le théâtre de leur misère jusqu’aux clochards de Samuel Beckett et au-delà, un être dont la solitude troublée ne cesse de murmurer la violence qui lui est faite par une société inhumaine. Thomas Ostermeier en avait donné une mise en scène inoubliable au Festival d’Avignon en 2004. Souvent traduite, la pièce n’en pose pas moins de problèmes spécifiques difficiles à résoudre.

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