Georges Moustaki

Petite Rue des Bouchers

De Fallois, 182p.

Bruxelles, années 50. Alexandre est pianiste de bar. Comme Moustaki, qui a lui-même débarqué, petite rue des Bouchers, il y a un demi-siècle. «Fiction autobiographique», donc. Elle se déroule en deux mois, dans un univers à la Carco, où le romantisme habite des bas-fonds baignés d'hectolitres de gueuze. Chaque jour que Diable fait, ils sont une dizaine à s'attabler dans les stamenei, à se gratifier d'embrassades entre deux «Godferdeke!» Des personnages aux noms qui chantent: Paloma la barmaid, Elsa la shampouineuse, Joséphine la courtisane, Jocelyn, Ramsès. Certains de ces dilettantes et professionnels de l'extase finiront mal: abus d'alcool, de fumette et de seringues; pire: sales petits trafics et orgies zoophiles. On y croise l'Abbé aux dents de cheval. Brel a vingt ans, et «dans cette pourriture d'humanité, ça fait du bien d'entendre ce qu'il chante». Dans ce microcosme où la castagne le dispute aux jeux de cache-cache avec les flics, l'atmosphère deviendra de plus en plus pesante, une fois les crimes perpétrés… et «expliqués» dans un épilogue où la délation constitue une forme de carburant du récit. Enlevé, avec juste ce qu'il faut de fioritures wallonnes.