Lancée l'été dernier, l'idée a maintenant pris corps et porte un nom: «Jeune théâtre romand itinérant» (JTRI). Les instigateurs du projet, les metteurs en scène français Gérard Desarthe et Jean Badin, entendent réunir chaque année un petit groupe de comédiens issus des Conservatoires de Lausanne et de Genève pour jouer devant un public très spécifique et difficile: les adolescents des collèges. De jeunes techniciens seront également de la partie.

Soutenu par René Gonzalez, directeur du Théâtre de Vidy et par le canton de Vaud en la personne de Brigitte Waridel, responsable des Affaires culturelles, le «Jeune théâtre romand itinérant» démarre sur des bases solides. Le projet sera financé par une association dotée de fonds propres. «L'Office fédéral de la culture est d'ores et déjà très intéressé, tout comme Pro Helvetia et Migros», précise René Gonzalez. «Cette initiative arrive à un moment particulièrement propice: d'ici à un an une école romande de théâtre doit voir le jour. Si l'aventure démarre à Lausanne, nous espérons convaincre rapidement les autres cantons d'y participer», ajoute Brigitte Waridel. Gérard Desarthe a sélectionné les huit premiers comédiens du JTRI. En juin, ils présenteront Electre de Jean Giraudoux à Vidy devant des collégiens et des professeurs. Si l'exercice convainc, la tournée inaugurale des écoles débutera en octobre. Entretien.

Le Temps: Pourquoi cette envie de toucher le public adolescent?

Gérard Desarthe: Les 16-18 ans découvrent le plus souvent le théâtre lors de sorties de classe qui se passent généralement très mal. Les élèves sont peu ou pas du tout préparés. Et puis, surtout, ils se retrouvent à sept cents ou huit cents dans une salle, et très vite les avions en papier volent de toutes parts. Face à cette masse emmenée là de force par autocar, le théâtre ne peut pas sortir gagnant. Il s'agit donc d'aller au-devant de ce public et de créer les conditions pour qu'une réelle rencontre avec les comédiens et le théâtre puisse se produire.

– Quelles sont ces conditions?

– Nous avons fait construire une structure métallique démontable qui peut accueillir cent spectateurs au maximum. Le public est assis tout autour de la scène, et les spectateurs du premier rang peuvent presque toucher les cheveux des comédiens. Nous avons testé cette structure dans les écoles de Savoie pendant deux ans. Les élèves, qui assistaient le plus souvent pour la première fois à une représentation, étaient à chaque fois profondément troublés par ce face-à-face avec les comédiens. Leur écoute était d'une qualité exceptionnelle. Il est essentiel que ce soit la troupe des comédiens qui s'invite dans les locaux mêmes de l'école où nous installons les tréteaux. La préparation des élèves par les professeurs est une autre clé de la réussite de l'opération.

– En Savoie, vous collaboriez avec des comédiens professionnels chevronnés. Ici, vous vous adressez à des comédiens fraîchement sortis des conservatoires. Pourquoi?

– C'est René Gonzalez qui m'a signalé qu'en Suisse, les diplômés des écoles de théâtre ne disposaient d'aucunes structures d'accueil ou de soutien lors des premières années de leur vie professionnelle. En France, le Jeune Théâtre national permet aux jeunes comédiens de passer en douceur du cocon du conservatoire à la réalité de la profession. L'idée ici est de permettre aux jeunes comédiens de se retrouver immédiatement dans le feu de l'action.

– Envisagez-vous la participation d'autres metteurs en scène au projet?

– L'idéal serait que chaque année un nouveau metteur en scène prenne en main la promotion sortante du conservatoire. Pour le moment, le projet est suisse mais on peut tout à fait imaginer des collaborations avec la France ainsi que des tournées transfrontalières. Tout dépendra de l'accueil qui sera réservé au spectacle-test présenté à Vidy au mois de juin.

Électre, JTRI, Théâtre de Vidy, loc. 021/ 619 45 45. Du 16 au 27 juin.