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Autour de la maîtresse de cérémonie, quatre acteurs à l’aube de la carrière jouent qui le petit rat d’opéra, qui le faune, qui encore une héroïne échappée d’une nouvelle de Gérard de Nerval.
© Nagi Gianni

Spectacle

Gérard Guillaumat ou le bonheur du revenant

L’artiste genevoise Isabelle Chladek célèbre l’acteur de sa vie dans «Couper la tête», au Théâtre Saint-Gervais

Dans l’armoire à grimoires, le feu doux d’une jeunesse rattrapée. C’est le don de l’artiste genevoise Isabelle Chladek à Gérard Guillaumat, l’acteur de sa vie, son fiancé pendant quinze ans, du début des années 2000 jusqu’à son décès en 2015, à 92 ans. Sous les toits du Théâtre Saint-Gervais, Isabelle Chladek officie avec la délicatesse d’une infante punk. C’est ainsi qu’elle ramène à la surface les pièces d’une vie à dire des textes rares, à se sentir fauve sous les projecteurs.

De Buchenwald au Théâtre national populaire

De ce Couper la tête, à l’affiche ce vendredi, on dira qu’il s’agit de fragments d’un discours amoureux. Ou d’un portrait joliment décousu. Autour de la maîtresse de cérémonie, quatre acteurs à l’aube de la carrière jouent qui le petit rat d’opéra, qui le faune, qui encore une héroïne échappée d’une nouvelle de Gérard de Nerval. Ils exécutent des figures, posent des questions, ravivent la présence de Gérard Guillaumat, ce saltimbanque de grand chemin, marqué par sa déportation à Buchenwald, par sa vie de troupe sous la férule de Roger Planchon, le patron charismatique du Théâtre national populaire de Villeurbanne.

Le génie du conte

Ces enfants du paradis ouvrent une valise, en sortent affiches d’antan et papillons. Tiens, ici un spectacle consacré à Sartre, là un autre à Maupassant, là encore un Tartuffe. Le spectateur romand se souvient alors de ces soirées enluminées où Gérard Guillaumat ravissait avec L’homme qui rit de Victor Hugo, avec un conte de Charles Dickens, avec Une saison en enfer de Rimbaud – en compagnie d’Isabelle Chladek en 2013. Mais voici qu’on entend justement sa voix de caverne, charnelle et rupestre, sa voix d’hiver qui pose: «Je n’ai jamais été de ce peuple-ci. […] Je suis de la race qui chantait dans le supplice.»

La verdeur d’un tombeau

Dans cet entrelacs, des témoins sortent de la trappe – les comédiennes Lise Visinand et Michèle Foucher – des voix crépitent. L’une dit: «Il avait une façon de consoler les gens.» Gérard Guillaumat aimait aimer, c’était son vice, sa courtoisie d’enfant blessé, c’est ce que raconte Lise Visinand. Lors d’une tournée à Moscou dans les années 1960, il avait une muse russe qui l’attendait à la sortie du théâtre, comme à Sofia, comme à Bucarest, comme à Lyon, comme à… Isabelle Chladek offre ainsi à son Guillaumat ce qu’on appelle un tombeau: un poème dédié à l’être aimé. Iggy Pop chante Brassens et ses «Passantes». Elles se lovent dans vos veines et on n’y résiste pas. Ce tombeau est plein d’esprit.


Couper la tête, Genève, Théâtre Saint-Gervais, ve 13 à 19h, www.saintgervais.ch

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