Célébrer le vin, s’interroger sur la volupté des toilettes japonaises à l’ancienne ou revisiter le charnier de la voirie parisienne de Montfaucon: dans Le navire Arthur et autres essais, Gérard Macé ne cesse de surprendre le lecteur par son érudition et sa curiosité. Sa pensée procède par ricochets pour interroger notre obsession du pur et de l’impur. Comme point de départ, il revient sur la tragédie du navire Arthur, en 1818: une épidémie avait sévi à bord de ce bâtiment voyageant de Rouen à la Guadeloupe, le condamnant à dériver avec une étrange cargaison, à l’origine de la mort de l’équipage… Mêlant le haut et le bas, le recueil de Gérard Macé est gourmand, même lorsqu’il décrit l’ordure et les miasmes, la corruption et les maladies. Prémonitoire, il a paru juste avant la pandémie de Covid-19, mais c’est dans l’après-crise qu’il semble déjà nous projeter, remettant en cause notre fantasme de l’hygiène absolue.

Le Temps: Votre livre est centré sur trois médecins hygiénistes hantés par la peur de la contagion. Le premier, Parent-Duchâtelet, a étudié l’épidémie qui décima l’équipage du navire Arthur en 1818…