Destin

Gérard Philipe, le crépuscule d’un dieu

Jérôme Garcin raconte dans un récit magnifique les vingt-trois jours qui ont vu s’éteindre l’acteur idolâtré de «La Beauté du diable». Son «Dernier Hiver du Cid» célèbre l’amour fou du comédien et de son épouse, Anne Philipe

Il a monté au pas de charge l’escalier du 17, rue Tournon à Paris. Ce 21 novembre 1959, Jean Vilar rend visite à celui qu’il considère comme un fils et un frère, celui qui a été son Rodrigue et son prince de Hombourg au Festival d’Avignon et partout dans le monde, sous la bannière du Théâtre national populaire (TNP). Gérard Philipe reçoit dans son lit. Il a été opéré douze jours auparavant. Rien de grave, assure-t-il.

Le patron du TNP a des ambitions, comme toujours, pour l’idole du pays: il voudrait le voir blasphémer en Dom Juan. Gérard, 36 ans, s’estime encore trop jeune pour le rôle. Quatre jours plus tard, un monde chavire. Sur les pavés, devant son domicile, affluent des lycéennes, une rose dans des doigts de cristal, des employés cravate dénouée, des ouvriers de retour de l’usine, des élégants qui se préparaient pour le spectacle du soir, tous KO et en larmes, dans un crépuscule d’automne. L’astre s’est éteint sans prolégomènes.