Le Temps: Vous avez été le premier à connaître et à faire connaître Omar Porras et sa compagnie Teatro Malandro au public français. Comment êtes-vous arrivé à lui?

Gérard Violette:C'est René Gonzalez, directeur du Théâtre de Vidy, qui m'a mis sur la piste. Il avait accueilli La Visite de la vieille dame sous le chapiteau et il m'a parlé du choc que la mise en scène de Porras avait provoqué. Par la suite, je suis venu à Genève voir Noces de Sang et j'ai décidé de m'investir, en hébergeant au Théâtre de la Ville ce spectacle. Depuis, nous avons coproduit tous les spectacles de Malandro.

- Quel fut l'accueil du public parisien?

- Ce fut immédiatement le raz-de-marée, un succès immense. La salle était pleine et les critiques dithyrambiques.

- Comment expliquez-vous l'engouement qu'il suscite?

- Son art a une pâte particulière. Omar Porras fait du théâtre de tréteaux, fortement inspiré par la commedia dell'arte. Mais on distingue aussi ses origines culturelles sud-américaines, qui donnent à ses mises en scène une fraîcheur, de la légèreté et de la chaleur aussi. Prenez son dernier travail, Maître Puntila de Dürrenmatt: on y trouve à la fois la grande profondeur du texte mais aussi un humour magnifique. Porras ne nie jamais le fond, mais amène l'œuvre avec légèreté.

- Qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans sa manière de concevoir le théâtre?

- La nouveauté, qui en réalité n'en est pas une, c'est qu'il a remis au goût du jour un art qui repose uniquement sur le masque. Cela ne se faisait plus depuis très longtemps. Il y a ses méthodes de travail, aussi. Omar Porras attache beaucoup d'importance aux relations avec les comédiens, à la manière de les faire évoluer dans les personnages. C'est un homme de troupe et pas un metteur en scène de vedettes et c'est pour cela qu'il n'a pas nécessairement besoin de grands comédiens.

- Croyez-vous que son esthétique est désormais arrêtée? - Oui. On s'est parlé récemment, et j'ai l'impression qu'il a trouvé une démarche et des codes qui lui conviennent. Pour l'instant, je ne vois pas d'évolution possible mais je suis content qu'il se confronte à un nouveau genre comme l'opéra ou à des lieux de grande tradition comme la Comédie Française.