Art contemporain

Get A Nerve, le cousin turbulent d’Artgenève

A quelques encablures de Palexpo et pendant toute la durée de la foire, une exposition ludique et alternative, imaginée par l’artiste genevoise Elena Montesinos, décline l’art contemporain sans cadres ni complexes

Sous l’effet de la soufflerie, le cube géant se tortille puis s’immobilise, dévoilant sur chacune de ses facettes des brumes pastel. Dans le jardin de la Villa Sarasin, les peintures de la Franco-Suisse Vidya Gastaldon s’exposent pour la première fois en version 3D… gonflable. Mais Elena Montesinos n’est pas totalement convaincue. «Et si on le déplaçait devant les escaliers? Allez, on essaie, on se marre.»

Voilà qui pourrait résumer le concept que l’artiste genevoise avait en tête au moment de lancer Get A Nerve: une exposition parallèle à la grande foire de Palexpo, où l’on expose aussi pendant quatre jours mais dans une ambiance de franche rigolade. Acronyme d’Artgenève signifiant «avoir du culot», le nom de l’événement est à propos. «Je voulais proposer au public quelque chose d’autre à se mettre sous la dent. Une expérience ludique, psychédélique, facile d’accès mais de qualité tout de même: la plupart des œuvres ont été conçues in situ par des artistes de renom.»

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Pour cette toute première édition, une centaine d’entre eux, suisses et internationaux, ont accepté l’invitation et investi la Villa Sarasin, à deux pas des halles. Un lieu cossu au style florentin tranchant avec celui des créations qu’il héberge, plus insolites et turbulentes les unes que les autres. Loin de se contenter d’un pan de mur, celles-ci se déploient dans tous les recoins de la maison, sorte de dédale à la Lewis Carroll. «Ou comme un tour au Luna Park», ajoute Elena Montesinos, un œil sur le crabe XXL recouvrant la face est de la bâtisse.

Argile et carabines

C’est vrai, la visite a de quoi donner le tournis. Et ce, dès l’entrée, où trône une roue enneigée surmontée d’un petit être de fourrure, rêverie tournante signée Alexandre Joly. A côté, plus prosaïque, une pièce dédiée au culte de l’argent, thème de prédilection d’Elena Montesinos, où les dollars se transforment en buste et les pièces dorées recèlent des messages cachés. Celui de la troisième salle, en revanche, ne l’est pas: des socles bruts rendent clairement hommage au travail des artistes-monteurs. «Ce sont eux qui manipulent et mettent en valeur les œuvres d’art. Pourtant, ils travaillent dans l’ombre, dans des conditions parfois précaires. Je voulais rendre à César ce qui est à César», explique Stéphane Detruche, lui-même artiste-régisseur.

Comme à la fête foraine, on ne se contente pas de regarder. A l’étage, on expérimente la chromothérapie et sa vie en rose bonbon. Un performeur propose de poser à même vos ongles (!) des motifs réalisés par des artistes, tandis que de jeunes tatoueurs inspirés vous attendent au sous-sol.

Il ne s’agit pas d’un projet business. On veut se sentir proche des visiteurs, comme si on les accueillait chez nous

Elena Montesinos

Un peu plus loin, le Genevois Christian Gonzenbach détourne le classique stand de tir à la carabine en proposant de canarder des sculptures en argile colorées, exhibées comme des souvenirs fragiles, qui dévoilent leur vraie couleur une fois transpercées. Et si l’exercice vous ouvre l’appétit, le bar du troisième étage offre son lot d’œuvres… comestibles – dont un trente-trois tours en chocolat qui peut se jouer une fois avant d’être dégusté.

Outre les collations et le merchandising, rien n’est à vendre. «Il ne s’agit pas d’un projet business. On veut se sentir proche des visiteurs, comme si on les accueillait chez nous», précise Elena Montesinos. Histoire de réchauffer encore un peu l’atmosphère, des concerts animeront les soirées avant qu’un bus affrété ne vous emmène prolonger la fête… dans des lieux alternatifs, évidemment.


Get A Nerve, Villa Sarasin (GE). Jusqu’au 3 février. Entrée gratuite. www.getanerve.org

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