En 1941, en Roumanie, Ghérasim Luca écrit un premier texte en français, ce Vampire passif, édité clandestinement à Bucarest en 1945. C'est le neuvième livre du poète que publient les très fidèles Editions José Corti. Dix-huit photographies d'objets «objectivement offerts» accompagnent ces proses inquiétantes, d'inspiration surréaliste, proches d'André Breton: poupées fétiches mutilées, affiches et cartes postales d'un érotisme suranné, elles montrent aussi l'humour noir du Roumain. Ceux qui ont entendu Luca proférer ses textes entendront, en lisant ce Vampire, l'accent et le bégaiement si particuliers qu'il imprimait à son français d'adoption. Un rythme fascinant qu'ils retrouveront dans le double CD également édité par José Corti. Il regroupe des enregistrements privés qui datent de 1975 à 1989, cinq ans avant que Luca choisisse de se jeter dans la Seine. Quatre de ces documents étranges et envoûtants ont été réalisés à Genève, en 1987, lors des manifestations de poésie sonore du Festival de la Bâtie. C'est là qu'il a lu Le Tangage de ma langue, un texte inédit qui résume son art poétique. Et ça tangue, vraiment.