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Gianandrea Noseda: un total engagement physique, mental et émotionnel.
© Steve J. Sherman

Classique

Gianandrea Noseda, phénix musical

Le chef milanais a ébranlé l’ODN avec «Manon Lescaut» en version de concert

Il semble au bord de l’effondrement. Quand Gianandrea Noseda se retourne vers la salle, on se dit qu’il ne va pas pouvoir aller plus loin. Visage décomposé, souffle court, veste inondée, regard brûlé et lèvres rougies par un effort surhumain, le chef apparaît comme un spectre au bord du néant.

Tel un phénix, il remonte pourtant sur scène d’un pas énergique entre les actes de l’opéra de Puccini. Miraculeusement rafraîchi, le voilà qui replonge dans son combat musical, le corps totalement pris dans un mouvement irrésistible. «Je ne peux pas faire autrement», avouait l’Italien en entretien.

Lire: Gianandrea Noseda: «Manon Lescaut a porté Puccini vers la consécration»

A l’issue de sa prestation, jeudi soir à l’ODN, la salle est sonnée. Gianandrea Noseda vient d’accorder à Manon Lescaut un véritable droit de vie, de mort et d’amour. Le sentiment s’avère particulièrement fort en situation concertante. L’Orchestre et le Chœur du Teatro Regio de Turin, maîtres du plateau, volent en effet la vedette aux protagonistes. Pourtant, il y aura eu du grand chant lors des trois heures d’un opéra qui a filé à la vitesse du vent.

La soprano uruguayenne Maria José Siri développe une belle maîtrise vocale tout au long de l’ouvrage et approfondit une incarnation portée par une voix charnelle sur un chant intelligemment modulé. Sa Manon trop minaudante au début se pare progressivement des fêlures et des brûlures du personnage, très dramatisé par Puccini. Ses aigus éclatants et la chaleur de son chant bouleversent.

Face à elle, Gregory Kunde souffle la passion avec un art consommé de la vocalité et du style italien. La voix est puissante, timbrée, ronde et souple. Le style hautement lyrique et la générosité de chant, totale. Il pourrait être le père de Des Grieux. Son jeu compassé et son expérience de vie offrent pourtant au jeune homme une folie amoureuse sans âge.

Devant le Geronte un peu lâche de Carlo Lepore et le Lescaut un rien trivial de Dalibor Jenis, le ténor dramatique domine une distribution par ailleurs équilibrée. Quant à l’orchestre, on se surprend à remarquer un rare décalage d’attaque. C’est dire qu’il est mené à une exemplaire hauteur de précision par la main de son maître.

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