Beaux-arts

Gianni Griffa et Reto Pulfer, deux pratiques poétiques de l’art exposées à Genève

Le Centre d’art contemporain permet de découvrir un Italien trop peu vu malgré un demi-siècle de pratique et un jeune Bâlois

Gianni Griffa, l’élégance de l’art et Reto Pulfer, la mémoire bricolée

Beaux-arts Le Centre d’art contemporain genevois permet la découverte de deux artistes

Un Italien poète minimaliste et un Bâlois un peu chaman

Avec l’arrivée d’Andrea Bellini à la direction, en 2012, les visiteurs du Centre d’art contemporain espéraient quelques belles surprises venues de la Botte. Il y a eu Gianni Piacentino, voici Giorgio Griffa. Le peintre turinois était jusqu’ici peu connu, malgré un demi-siècle de pratique et de belles étapes dans son parcours. Mais il a toujours eu son petit réseau d’aficionados. Le voici enfin en pleine lumière, et c’est heureux. La rétrospective genevoise est la première étape d’une série curatée par Andrea Bellini en collaboration avec d’autres commissaires. Des expositions sont aussi prévues à la Kunsthalle de Bergen, à la Fondation Giuliani à Rome, qui présente les œuvres sur papier, et au Musée Serralves de Porto.

Dans l’ouvrage à paraître en marge de ces manifestations, on voit, plus souvent qu’à l’ordinaire dans les monographies, l’artiste au travail, corps élégant devant les toiles, torse nu dans l’âge jeune. Cette élégance a tout à voir avec celle des œuvres, si subtilement tendues qu’on a l’impression qu’en en mettant parfois plus d’une sur un mur, le centre d’art a risqué un fâcheux déséquilibre. Mais le charme est sauf, le plaisir demeure.

Avocat de profession, Giorgio Griffa a aussi pris des cours de peinture depuis l’enfance. Dans les années 1960, il est l’ami de tous les artistes de l’arte povera. Mais, alors que la plupart adoptent une diversité de pratiques, lui, restera fidèle à son médium, s’installant rapidement dans une forme de constance, bien éloignées des contraintes que s’imposent certains artistes. Il peint directement sur la toile, sans la tendre sur un cadre, qu’elle soit de lin, de jute ou de coton, qu’il applique de la peinture acrylique, de la tempera ou de l’aquarelle, que son pinceau, ou sa brosse, soit large ou plus fin. Peu importe tout cela. A chaque fois, ce qu’on verra est le résultat d’une rencontre unique entre l’espace de la toile, les couleurs choisies, et l’action du peintre. Un rythme, une traversée, qui pourrait aussi être une musique, une danse, une strophe poétique. «Je ne représente pas, je peins», répète-t-il à l’envi à ces interlocuteurs.

Giorgio Griffa laisse toujours une grande majorité de la toile nue, dans une sorte de minimalisme gracieux qui permet de voir les plis du tissu. Quand elles ne sont pas exposées, les œuvres peuvent d’ailleurs être pliées, comme les nappes des jours de fête. L’artiste préfère les demi-teintes, les couleurs complémentaires, héritiers des peintres vénitiens des XVIe et XVIIe siècles mais aussi de Matisse. L’exposition permet de découvrir différents cycles de son travail, les lignes horizontales qui l’ont fait connaître, le déploiement du nombre d’or sur la toile, ou encore ces œuvres dédiées à Matisse, Klee ou Daniel Buren. Chez Giorgio Griffa, même l’humour est élégant.

Andrea Bellini déploie la rétrospective de son compatriote sur tout le troisième étage du Centre alors qu’il a invité un artiste bâlois, plus jeune (né en 1981) à investir le second. Au premier abord, le travail de Reto Pulfer, aujourd’hui installé à Berlin, apparaît fort différent de celui de Giorgio Griffa. On retrouve pourtant chez lui la même importance donnée au processus. Mais si celui-ci tient presque de l’exercice zen chez l’Italien, le Suisse évoque une sorte de plongée mémorielle. Pour lui sans doute, mais peut-être aussi pour nous qui pénétrons dans ces tentes comme dans les flots de nos rêves les plus anciens.

Ces cabanes bricolées, comme dans notre enfance, bleuies par quelques touches de peinture et par les reflets d’une moquette, sont complétées par quelques objets qui tiennent tout autant du recyclage, de la récupération. Lors du vernissage, l’artiste s’est fait acrobate, musicien et chaman pour activer l’ensemble de l’exposition, et plus fondamentalement l’installation centrale, un vaste filet de chanvre. Il a su captiver son public.

Giorgio Griffa et Reto Pulfer , deux expositions du Centre d’art contemporain, Genève. Jusqu’au 23 août. www.centre.ch

Si elles ne sont pas exposées, les œuvres peuvent être pliées, comme les nappes des jours de fête

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