Gidon Kremer est-il en train de se fourvoyer? Mardi soir, le violoniste dirigeait son ensemble Kremerata Baltica au Festival de Verbier. Il a forgé sa voie à contre-courant d'une pensée unique, celle des conservatoires de musique. Né à Riga en Lettonie, élève de l'illustre David Oistrakh à Moscou, Kremer a toujours eu l'archet libre. Indocile, anticonformiste, cet archet brillant se distingue par un influx fugace, un tremblement intériorisé. La sonorité n'est pas forcément belle: elle raconte la vie des compositeurs. Car Kremer défend la musique contemporaine. Depuis peu, il s'intéresse aux compositeurs de l'Est.

Langage «anti-Boulez»

C'est un retour aux sources. Mais aussi une forme de croisade. Depuis 1996, le violoniste a fondé un ensemble avec de jeunes musiciens de l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie. Il adresse des commandes à des compositeurs vivants dont le dénominateur commun – pour la plupart – est de privilégier une écriture descriptive, hantée par la nostalgie liée au rude passé et à l'exil des pays de l'Est. Comme s'il fallait rattraper le temps perdu. Ce langage se veut simple – l'anti-Boulez.

Est-ce un tort? Bien sûr que non! L'ennui, c'est que la forme est pauvre, succession de tableaux sonores qui titillent l'oreille – parfois avec humour. Ce sont des adaptations d'œuvres du grand répertoire (Les Saisons de Tchaïkovski, Après une lecture du Dante de Liszt) truffées d'effets incongrus. Du coup, Aleksandr Raskatov (né en 1953) et Sergei Dreznin (né en 1955) apparaissent comme des compositeurs cleptomanes sans souffle vital. Inspirés par le folklore balte, Les Saisons russes de Desyatnikov distille ses accents colorés. Mais là encore, la substance paraît maigre. Faut-il prendre ces musiques au deuxième degré? Gidon Kremer a l'air d'un prophète dont le message est anecdotique.