Immersion

Au GIFF, une réalité virtuelle sans limites

Le Geneva International Film Festival propose cette année une cinquantaine d’œuvres de réalité virtuelle, en misant aussi sur des interactions dans le monde réel. Jamais la programmation n’a été aussi riche

C’est un sentiment de vertige qui saisit cette année le visiteur du GIFF. Pour ses 25 ans, le Geneva International Film Festival propose une cinquantaine d’œuvres liées à la réalité virtuelle, jusqu’à ce dimanche 10 novembre. Si le festival s’est forgé depuis plusieurs années une réputation de défricheur de nouveaux territoires, jamais il n’avait autant misé sur la réalité virtuelle. En proposant aux visiteurs des expériences uniques au moyen de casques high-tech, bien sûr. Mais pas seulement. En 2019, le GIFF mise aussi sur l’interactivité.

L’immersion est ainsi instantanée en entrant immédiatement à droite dans le Théâtre Pitoëff, la Maison communale de Plainpalais, pour la performance Mechanical Souls de Gaëlle Mourre. Nous voici, en compagnie de quatre autres personnes, accueilli par un androïde joué par un acteur terriblement convaincant. Le regard fixe, le débit légèrement saccadé, l’homme nous invite dans une petite salle aseptisée. Nous sommes intronisés nouveaux employés de Mechlife, une entreprise futuriste concevant des androïdes. Après une courte introduction par une collaboratrice, il faut enfiler un casque de réalité virtuelle pour découvrir un film d’une quinzaine de minutes, réalisé en 360 degrés.

Créature hors de contrôle

Nous voici alors plongés à Taïwan, dans les coulisses d’un mariage entre deux personnes issues de la très haute société. La future mariée fait la moue car elle doit convoler avec un homme qu’elle ne connaît pas. Mais sa mère insiste, très enthousiaste à l’idée de choisir comme demoiselle d’honneur une androïde justement développée par Mechlife. Mais, assez rapidement, la créature va devenir hors de contrôle…

Fin de l’expérience? Pas du tout. Une fois les casques enlevés s’ensuit une discussion avec la collaboratrice. Et l’on se rend compte, petit à petit, que les cinq cobayes n’ont pas tout à fait été plongés dans la même histoire. Il faudra désormais reconstituer ensemble une expérience qui a très mal tourné, avec à nos côtés des interventions du premier faux androïde, qui devient de plus en plus inquiétant. «Les cinq visiteurs ont vu des films légèrement différents, en fonction de ce qu’ils regardaient, sourit François Klein, producteur de Digital Rise, à l’origine du projet. Vous vous êtes apparemment focalisé sur les mères des futurs mariés. Un système d’intelligence artificielle observe vos yeux et vous embarque dans l’un des sept scénarios préconçus.» Une façon passionnante de réfléchir sur des androïdes, avec un mélange entre les créatures du film et cet assistant, présent dans la salle, qui crée une tension de plus en plus forte.

Fusion des corps

Au GIFF, très rares sont d’ailleurs les installations de réalité virtuelle qui ne nourrissent pas le cerveau. On s’est ainsi délecté de l’œuvre Be Arielle F., du Suisse Simon Senn. L’histoire: un homme a pu acquérir pour 12 dollars, sur internet, le corps numérisé d’une jeune femme, Arielle. Il va le fusionner avec le sien et l’on se retrouve, casque sur la tête et manettes au bout des doigts, à jouer avec ce corps hybride. Une expérience d’autant plus troublante que Simon et Arielle sont là, juste à côté de nous, pour disserter de cet échange hors du commun qui préfigure peut-être ce qui nous attend dans quelques années.

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A quelques mètres de là, l’expérience est tout autre avec 7 Lives. Ici, le visiteur arrive sur un quai de métro à Tokyo au moment où une jeune fille se jette sur les rails. Après cet acte désespéré, son âme va se retrouver tiraillée entre le monde des vivants et celui des morts, prise dans des rêves et des souvenirs. Ames sensibles s’abstenir, l’immersion devient de plus en plus oppressante lorsque le souvenir commence à tourner en boucle pour les témoins de la scène glacés par l’effroi. L’œuvre de Charles Ayats, Sabrina Calvo et Jan Kounen mélange des prises de vues réelles en 3D, des images de synthèse et des séquences d’interaction pour une expérience dont on ne sort pas indemne.

Drogue en Amazonie

On retrouve d’ailleurs Jan Kounen un peu plus en hauteur, dans la salle principale consacrée à la réalité virtuelle, pour son œuvre baptisée Ayahuasca. Ici, trois visiteurs peuvent en parallèle expérimenter les effets de l’ayahuasca, une drogue naturelle consommée en Amazonie. La puissance de l’œuvre, combinée à des progrès technologies sensibles, permet d’être rapidement sous l’effet de cet hallucinogène, qui nous enferme dans un gigantesque kaléidoscope en pleine forêt.

La forêt, justement, et plus globalement le rapport à la nature sont au cœur d’Eden, une expérience collective à laquelle participent ensemble cinq visiteurs. Munis non seulement de casques de réalité virtuelle mais aussi d’un petit dispositif olfactif, ils parviennent à créer à partir d’eux-mêmes des fleurs et même des arbres. L’objectif de l’œuvre est de questionner le rapport du visiteur avec une nature de plus en plus lointaine. Là encore de quoi nourrir les neurones.

Bijou de réalité virtuelle

Mais le GIFF propose aussi des expériences plus légères. On l’avoue, on a adoré Gloomy Eyes, un bijou de réalité virtuelle où l’on accompagne Gloomy, un enfant zombie vivant à Woodland City et qui tente de survivre dans un monde sans soleil, où luttent zombies et humains. La précision du dessin est telle qu’on se surprend à plusieurs reprises à se pencher en avant pour apprécier encore plus la qualité des graphismes.

Impossible, bien sûr, de parler des 50 autres œuvres, réparties entre le Musée VR, les Territoires virtuels, le tout nouveau Cinéma VR et le Programme Sensible. Il faut prendre le temps d’explorer par soi-même, mais vite: les places pour certaines représentations s’arrachent.


Infos: www.giff.ch, jusqu’au 10 novembre à Genève.

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