Gilbert K. Chesterton. Le Paradoxe ambulant. Trad. d'Isabelle Reinharez. Actes Sud, 380 p.

Délicieux Chesterton! Polémiste affublé d'un pince-nez, inépuisable pourvoyeur de citations, trousseur de bons mots, amateur de paradoxes, ce feu follet né en 1874 et mort en 1936 a multiplié les casquettes (roman, théâtre, poésie, journalisme, philosophie) pour édifier une des œuvres les plus fantasques de la littérature d'outre-Manche. Voici, choisis par Alberto Manguel, 59 essais savoureux où l'illustre Britannique offre un échantillon de ses talents, dans les tourbillons d'une écriture que Borges admirait sans la moindre réserve. Chesterton y parle du bonheur de courir après son chapeau, des plaisirs de flâner au lit ou des avantages de n'avoir qu'une jambe, avant de se livrer à ses pirouettes favorites: disserter sur un morceau de craie, prendre la défense des raseurs et des romans à quatre sous, faire l'éloge des farceurs et des déviants, tout en abordant les sujets les plus graves avec l'ironie virevoltante d'un Vialatte recyclé chez Swift ou chez Edward Lear. «L'humour est le meilleur antidote à l'orgueil; il a toujours été le marteau des fous», écrit Chesterton dans l'un de ces essais. Sa compagnie est réjouissante: un art de vivre, à l'anglaise.