A la Galerie de la Grenette, en juin dernier, avec son complice Benoît Antille, il a mis en scène son Itinéraire sans frontières. Dans une mosaïque d’images, un gigantesque puzzle, il a donné à voir la quintessence de son parcours. Rétrospectivement, la démonstration apparaît comme une exposition-testament, où l’on découvre, au-delà des diverses facettes de son travail, l’unité de sa vision.

Gilbert Vogt était proche des gens. Il se revendiquait humaniste: «Les images reflètent mon errance dans un monde contemporain, parfois tribal et parfois industriel, le point commun est l’homme, par sa présence ou par l’illusion de son absence. Le souhait qui émane de mon travail se résume à l’interrogation que l’image suscite, l’image comme genèse d’une vision…»

Porté par ses émotions

Rien ne prédisposait Gilbert Vogt à faire ce qu’il a fait. Né à Bâle en 1960, il entre en photographie par hasard et par la volonté de saisir le moment présent. Il abandonne ainsi un apprentissage lorsqu’il découvre le plaisir d’effectuer un reportage sur un concert et, surtout, d’en partager les images. Paradoxalement, c’est pour la même raison qu’il ne va pas au bout de sa formation de photographe, la délaissant après deux ans pour aller couvrir la Biennale de Venise.

En images: Le monde selon Gilbert Vogt

Dans ses errances, la photographie, avant d’être un moyen de survivre, favorise les contacts, soude les amitiés. Grand collectionneur de livres, il capte les idées et se nourrit de liens avec le monde de la culture. Des rencontres importantes avec des peintres, des écrivains, des musiciens enrichissent sa manière de voir. Il se laisse porter par les émotions et réussit à les traduire avec son objectif. Ses travaux sur les concerts de jazz ou de rock ponctuent sa carrière, constituant un de ses jardins secrets.

En 1994 déjà, il a l’audace et la chance de raconter, en 70 images, le Valais en mouvement dans un livre personnel. Les sujets les plus divers illustrent les tensions entre l’ancien et le moderne, mais les personnes sont au premier plan. On le voit aussi dans ses nombreuses participations aux travaux de l’Enquête photographique en Valais. Pendant une vingtaine d’années, il travaille pour la presse nationale et internationale et rend compte de ce qui se passe dans son canton avec l’ambition de faire bouger les lignes, à défaut de pouvoir changer le monde.

Pour un monde plus juste

Photographe engagé, Gilbert Vogt aimait par-dessus tout le contact des cultures, le grand large, ces terres lointaines où il explorait à la fois la misère humaine et ces étincelles d’humanité qui nous rendent proches les personnes croisées. Pour des ONG, Terre des hommes ou pour lui-même, il a parcouru le monde. Il en a rapporté des reportages marquants sur l’Afrique, le Sahara, l’Inde, la Palestine, le Liban, l’Equateur, le Pérou, la Tanzanie, le Togo, la Guinée, Cuba…

Et pour qui l’a écouté commenter les images de son périple à la surface de la pauvreté et de la dignité humaine, il en reste une trace ineffable qui invite à poursuivre son combat pour un monde plus juste.


*historien et commissaire d’expositions