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ECOLOGIE

Gilles Clément fait l'éloge des jardins sauvages

Manifeste en faveur des friches urbaines ou rurales, à l'abri de l'intervention humaine.

En 1789, Sieyès lance un pamphlet: «Qu'est-ce que le tiers état? – Tout. Qu'a-t-il fait jusqu'à présent? – Rien. Qu'aspire-t-il à devenir? – Quelque chose.» Gilles Clément, jardinier, paysagiste, théoricien du «jardin planétaire», reprend la revendication de l'abbé révolutionnaire pour l'appliquer à ce qu'il appelle le «Tiers paysage». Un terme qui recouvre lui aussi des réalités diverses puisqu'il désigne tous les «délaissés», ces territoires à l'abri de l'intervention humaine. Les terrains vagues à l'entour des villes, les bords de route ou de rivière, les lisières et les clairières. Les terres cultivées puis laissées à l'abandon. Les pentes, les tourbières où les machines ne passent pas. Les usines désaffectées. Parfois aussi des lieux investis d'une dimension religieuse: forêt sacrée, etc.

Refuge de la diversité

Vastes ou minuscules, ces non-lieux sont les refuges de la diversité. Une étude faite en Limousin montre qu'un terrain non géré par l'homme présente jusqu'à 52 espèces différentes. Ce chiffre tombe à 16 dans un champ non traité et à 5 ou moins dans un champ traité. Qui visite cet été l'exposition Jardins 2004 à Lausanne est sans cesse confronté à la richesse de la flore qui surgit dans les interstices de l'espace urbain. L'itinéraire chemine dans des zones oubliées de la ville: gare de triage, zones industrielles qu'on ne visite jamais pour le plaisir. L'œil, éveillé par les interventions des artistes, remarque alors tout ce qui pousse entre les rails abandonnés, dans une fente du bitume, dans une fissure du béton. Et dans les forêts ravagées par Lothar, les épilobes se sont dépêchés d'envahir le terrain.

Ce que Gilles Clément demande pour le Tiers paysage, ce ne sont surtout pas des mesures de protection qui l'assimilerait aux parcs ou aux réserves naturelles. Il revendique de l'indécision, du non-faire, conscient que le non-aménagement permet des «éclairs de vie». Cette ouverture dans le maillage des interventions humaines, rurales ou urbaines, est un contrepoint à l'uniformisation. Le jardinier y voit «le territoire de l'invention biologique» mais aussi comme «la part de notre espace de vie livré à l'inconscient». Ce manifeste très systématique complète l'abondante bibliographie de Gilles Clément, dont le dernier ouvrage s'intitule justement La Sagesse du jardinier (L'œil neuf, 2004)

Manifeste du Tiers paysage de Gilles Clément. Editions Sujet/Objet, 70 p.

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