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Danse

Gilles Jobin danse avec les chevaux

Le chorégraphe suisse poursuit avec «Black Swan» sa réflexion sur le mouvement. Une pièce belle et envoûtante, à découvrir en première mondiale au Théâtre de Bonlieu, à Annecy, avant Lausanne et Genève cet automne

Toujours plus loin. Toujours plus près. Depuis dix ans, Gilles Jobin construit un univers formel qui le distingue en Suisse et en Europe, qui en fait aussi l’un des chorégraphes suisses les plus invités à l’étranger. Chacune de ses pièces relève du poème abstrait, mieux, d’une traversée des ombres au charme envoûtant. Avec «Black Swan», présenté hier soir en première mondiale à Annecy, avant Lausanne et Genève la saison prochaine, l’artiste impressionne une nouvelle fois. Son talent? Une aptitude à sans cesse élargir son terrain d’exploration; à penser le mouvement et à le délester du poids de la pensée. «Black Swan» ne véhicule ni histoire ni discours: il débride la danse, et en célèbre le sortilège dans une nuit de songe.

Une ode au mouvement, annonçait Gilles Jobin, 44 ans. Après «Text to speech» et son dispositif complexe – une scène jonchée d’écrans et segmentée par des câbles –, le chorégraphe voulait revenir à la danse. Au seuil de «Black Swan», presque rien, donc, au Théâtre de Bonlieu. Un bain d’ombres et une vague sonore lointaine, des cloches qui mêlent leur chant – la bande-son est un petit chef-d’œuvre signé Cristian Vogel. Glisse alors sur le plateau la danseuse Susana Panadès, silhouette aussi fine que musclée. Bientôt la rejoint Hildur Ottarsdottir, pour un duo à distance, jeu de brisures et d’attraction auquel se joint le danseur Gabor Varga.

Solo, duo, trio. Gilles Jobin révise ses gammes. Avant de surgir en scène, training noir et gants en forme de… lapin. Là, c’est une cour de récréation fantastique qui s’ouvre. L’un joue le loup, comme à l’école. Les autres fusent dans l’espace, puis se figent quand ils sont touchés.

L’animalité et l’enfance. Là résiderait la source du mouvement, selon Jobin. La nuit tombe à présent, comme le couperet. Eclipse avant aube cavalière: une demi-douzaine de chevaux nains, comme on en trouve dans les magasins de jouets, se dressent sur leurs pattes. Les quatre danseurs vont s’en saisir, les entraîner dans une mêlée au sol, imbroglio de jambes et de bras, oubli de soi dans le bonheur de la masse. En épilogue, ces mêmes montures transforment le plateau en prairie. Tournés vers le public, ces destriers sont en ordre de cavalcade. Gilles Jobin ne clôture rien. Dans cet ultime tableau, il y a la promesse encore d’un mouvement. Toujours plus loin.

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