Giorgio Orelli

Sinopie

Trad. de Christian Viredaz

Préface de Pietro De Marchi

Ed. Empreintes, Poche Poésie 11, 200 p.

Il aura fallu attendre que Giorgio Orelli, le grand poète tessinois, atteigne l'âge de 80 ans pour qu'un de ses recueils soit entièrement traduit en français. Sinopie date de 1977 et réunit des textes écrits entre 1962 et 1976, à un moment où Orelli remet en question son art poétique dans le mouvement de la néo-avant-garde. Comme le montre Pietro De Marchi dans son excellente préface, la thématique s'ouvre au monde contemporain: les méfaits de l'urbanisme, la corruption politique, les désastres des guerres et des systèmes économiques font irruption dans l'univers poétique. Du coup, le langage aussi élargit son champ: place au dialecte, à la langue quotidienne, ce qui n'exclut nullement le recours aux mètres les plus rigoureux: Orelli est aussi un artisan du verbe qui maîtrise parfaitement les techniques et les instruments.

Sinopie désigne la couleur de la terre rouge d'une ville d'Asie Mineure qu'on utilisait jusqu'à la Renaissance pour effectuer le dessin préparatoire sur le crépi des fresques. Une esquisse qui parfois reparaît quand l'enduit s'écaille, ce qui reste donc des contours de la vie quand les chatoiements du printemps et de l'été se sont éteints, «les couleurs de la vie», dit le préfacier qui relève les nombreuses nuances qui éclairent les poèmes d'Orelli. Même si la confrontation entre la vie et la mort reste un thème central, la tonalité n'est pas sombre, plutôt stoïcienne. Quand il évoque le suicide d'un collègue, le poète reconnaît que «…une fin dans l'épouvante/ vaut mieux qu'une épouvante sans fin». Si on a pu rapprocher son art de celui du jeune Tchekhov, c'est qu'il sait évoquer en quelques vers toute une histoire, de même qu'il varie les registres, en abordant la narration, le récit, la parodie et l'élégie, mêlant le quotidien le plus trivial aux références à Dante et aux Anciens. La traduction de Christian Viredaz, en regard de l'original italien, restitue magnifiquement ces ruptures.