Le superbe graphisme des Editions La Baconnière compose un écrin intrigant au nouveau récit d’Alain Freudiger: sur la couverture, on voit un homme skis aux pieds, les épaules voûtées, l’air d’un oiseau, les bras telles des ailes déployées… Cet homme volant, c’est Matti Nykänen (1963-2019), prodige du saut à skis des années 1980, quadruple champion olympique, celui qui pouvait parcourir 191 mètres en l’air avant de retoucher la neige… On pense à L’Albatros, le poème de Baudelaire (1859) évoquant la chute cruelle de ces «voyageurs ailés» gracieux et nobles qui se révèlent si «maladroits et honteux» une fois revenus sur terre.

Alain Freudiger livre un témoignage personnel de l’ancien héros de son enfance, «ni biographie, ni roman, plutôt un portrait», nourri de ses propres souvenirs de spectateur et de sa connaissance du finnois. On disait de Matti Nykänen qu’il avait un visage d’ange; il fut sacré meilleur sauteur à skis de tous les temps. Puis, après les sauts divins à la technique et à l’esthétique parfaites, le garçon longiligne aux combinaisons trop moulantes et un peu ridicules devint chanteur, son «petit filet de voix» ne volait pas très haut, puis strip-teaseur dans un cabaret. On glissait des billets dans son slip (rien de honteux, direz-vous, le problème c’est qu’il n’était pas plus doué pour l’effeuillage que pour la chanson).