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Gloire à la comtesse douairière: un ultime hommage à «Downton Abbey»

La série «Downton Abbey» s'est achevée le 25 décembre 2015. Le personnage de la mère de Lord Grantham a surplombé le clan comme le chêne couvre enfants et adultes. Une voix du passé, toujours acérée

Elle a eu le génie du trait assassin, le sens de la flèche décochée de face, le talent du savonnage de planche – et, quand même pas toujours méchante, l'acuité du regard sur un pays qui se délite, selon elle.

La figure de Violet Crawley, comtesse douairière de Grantham, aura marqué Downton Abbey tout au long des six saisons de cette série majeure. Mieux, Violet a dominé ces époques, comme un chêne surplombe enfants puis adultes dans le parc du domaine. La mère de Lord Grantham a représenté l'une des femmes les plus aiguës de la fiction TV actuelle – qui n'en manque pas, même si les femmes sont toujours sous-représentées dans le genre.

Nous devons fournir de l'emploi. Un aristocrate sans serviteurs est aussi utile qu'un marteau à verre pour le comté.

En Grande-Bretagne, Downton Abbey s'est terminée le vendredi 25 décembre 2015, avec l'ultime épisode de Noël, de 90 minutes, que dévoile la chaîne ITV. Ce sera le 2 janvier sur TMC. Dans les récents épisodes, la comtesse, ou «cousine Violet» a pris encore de l'importance. Elle est le roc du clan, la maîtresse des stratégies, et la moraliste du milieu de table – ainsi quand elle lançait en cinquième saison: «Le manque de compassion est aussi vulgaire que l'excès de larmes.»

Des formules définitives, le créateur et scénariste Julian Fellowes en a réservé de nombreuses à ce personnage, porté avec autant d'énergie qu'il n'en faut pour ces robes tridimensionnelles par l'actrice Maggie Smith. Une femme au regard aiguisé qui brille au théâtre et au cinéma depuis les années 1950.

De mon temps, une jeune femme ne ressentait de l’attirance physique pour un homme que si sa mère lui en avant donné l’ordre.

Dans «Downton Abbey», autant qu'elle le peut, la mère de Lord Grantham régit la famille, mais elle voit aussi ce pays évoluer – pour le pire, à ses yeux. Dans le premier chapitre, elle confiait: «D'abord l'électricité, maintenant le téléphone… J'ai l'impression de vivre dans un roman de H. G. Wells.» Plus tard, elle ricanait: «Cette obsession de la réflexion, c'est surfait. Avant 1914, personne ne réfléchissait à rien.»

Les principes sont comme les prières, nobles, bien sûr, mais déplacés pendant un dîner.

Ne cessant d'insister sur la tradition, la comtesse a incarné le passé, sans jamais se poser en caricature ou en marionnette défraîchie. C'est aussi le génie de Sir Julian Fellowes, d'avoir su ménager cette voix d'hier dans cette saga d'une mutation nationale et sociale.

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