#Un jour, un tweet

Et Godard prit la parole

Samedi matin, celui que tout le monde appelle désormais «l’ermite de Rolle» a donné une conférence de presse via l’écran de son téléphone portable

Jusqu’au 19 mai, le hashtag #Cannes2018 sera l’un des plus utilisés sur Twitter. Chaque jour, parmi les milliers de gazouillis générés par le festival, «Le Temps» en retient un, prétexte à parler de Cannes, du cinéma, mais pas seulement.

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Godard à Cannes, c’est une arlésienne. Depuis sa dernière apparition en 2004 pour Notre musique, il n’est plus venu défendre son travail dans le plus grand festival du monde, comme en rêvent tous les cinéastes. Film socialisme en 2010 puis Adieu au langage en 2014 ont été présentés en son absence. Et dire qu’il y a cinquante ans, le Vaudois se suspendait aux rideaux d’une salle où était projeté un film de Carlos Saura pour interrompre une célébration du 7e art qu’il jugeait indécente dans le tourbillon de Mai 68

L’année dernière, à Cannes, on l’avait vu incarné par Louis Garrel dans Le redoutable, de Michel Hazanavicius, et dictant la fin du documentaire Visages villages, d’Agnès Varda et JR, en refusant de leur ouvrir sa porte malgré un rendez-vous fixé. On le sait, J.-L. G. aime surprendre. Samedi matin en fin de matinée, il était ainsi annoncé présent à la conférence de presse du Livre d’image, film de montage hypnotique dont on n’a pas fini de mesurer la virtuosité narrative et le génie sémantique. «Dispositif particulier (Face Time)», indiquait le programme distribué chaque jour aux journalistes. Voilà donc des critiques posant des questions au maître, resté à Rolle, à travers l’écran d’un téléphone portable.

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Surréaliste. C’est ainsi que la plupart des critiques présents ont qualifié cette conférence de presse d’un genre nouveau. Elle l’était, en effet. Ecouter Godard évoquer son travail, lui qui est depuis longtemps avare de sa parole, est précieux. «Pour le montage, j’ai vu plus de films pendant quatre ans que Thierry Frémaux pour son festival, s’est-il amusé. Il faut quand même raconter quelque chose.» Pour lui, les véritables cinéastes sont des anarchistes. «J’ai le courage d’imaginer, je prends le train de l’histoire et je pense aux gens qui prennent le train pour un boulot et qui n’ont pas le courage d’imaginer», dit-il. Et aussi: «Le cinéma tel que je le conçois est une petite Catalogne qui a du mal à exister.» Mais quoi qu’il puisse expliquer, rien ne saurait remplacer l’expérience puissante qu’est la découverte du Livre d’image, un film transe.

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