Sucre de Cannes

Godard, toujours

Le Festival de Cannes recourt une nouvelle fois à Godard pour son visuel. Notre première chronique de la Croisette

Le Sucre de Cannes recense chaque les détails bizarres ou cocasses qui font le sel du Festival de Cannes.

Un garçon et une fille. Jean-Paul Belmondo et Anna Karina dans Pierrot le fou (1965). Deux bolides décapotables. L’un rouge comme le feu monte vers le nord, l’autre blanc comme la neige file vers le sud. Au moment de se croiser, les conducteurs marquent une pause baiser. Les lèvres s’unissent sur le point de fuite, le «point limite zéro» des films produits avant les limitations de vitesse. Nous sommes au mitan des roaring sixties, quand la jeunesse s’invente et l’avenir promet.

Seul Jean-Luc Godard est capable de raconter une histoire du cinéma en une photo. Il y a deux ans, le Festival de Cannes empruntait déjà son visuel au cinéaste rollois avec la montée solennelle des marches de la Villa Malaparte, à Capri, dans Le mépris. JLG revient stimuler les imaginations, ouvrant un ancien livre d’images plein d’une fureur de vivre cool. Pierrot est cérébral, Marianne sensuelle; elle aime la musique, il préfère les livres; il imite Michel Simon, elle psalmodie «J’sais pas quoi faire»… Croisant Samuel Fuller, les Pieds Nickelés et Raymond Devos, ils jouent un chapitre de la tendre guerre des sexes.

Au volant de son automobile, Pierrot tourne la tête pour s’adresser à la caméra. «A qui parles-tu?» demande Marianne. «Au spectateur», répond-il. Celui-ci répond «présent», encore et toujours.


A propos du Festival de Cannes

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