Au commencement des temps, dans l’Egypte extrêmement prédynastique, entre l’ouverture de la porte des étoiles, rapportée dans Stargate, et l’érection des pyramides à l’aide de mammouths chantée par Roland Emmerich dans 10 000, les dieux vivaient parmi les mortels et la paix régnait. Mais, convoitant le pouvoir, Seth (l’inévitable Gerard Butler), le dieu du désert, assassine le roi Osiris, arrache les yeux du prince héritier Horus, plonge le royaume dans le chaos et introduit un système de péage à l’entrée de l’au-delà.

Un jeune voleur insolent, Bek, s’introduit dans la salle au trésor de Seth et récupère un œil d’Horus. Il s’allie au dieu borgne pour mener une guerre totale contre le mal… Elle le mènera des souterrains du sphinx à la barge de Râ (Geoffrey Rush), figure solitaire du monothéisme dans un panthéon bariolé.

Titans hideux

Alex Proyas est un réalisateur mineur de films fantastiques (Dark City) ou de science-fiction (l’inepte I, Robot, l’apocalyptique Prédictions). Avec Gods of Egypt, il a visiblement forcé sur le LSD. Son Egypte antique fait penser à la planète Ming filmée par Leni Riefenstahl un jour de gay pride. Dans ce suprême de kitsch (admirer les coupoles en forme d’artichauts!), les dieux font quatre mètres de haut et peuvent se transformer en superhéros qui volent en armure d’argent. On y croise des milliards de figurants, des titans hideux en images de synthèse, des cobras cracheurs de feu plus grands que les vers de Dune

Le gigantisme est de rigueur puisque l’obélisque de Seth fait 880 mètres de haut, les chutes du Nil davantage encore. Le scénario se contente d’accumuler les péripéties manichéennes les plus invraisemblables. Le grand écart entre hiératisme pompeux et vulgarité décomplexée («L’œil d’Horus est dans ton cul», lance avec esprit Bek à un adversaire) est accompli. La onzième plaie de l’Egypte, c’est le divertissement hollywoodien: Gods of Egypt s’avère plus bête encore que Exodus: Gods and Kings. La folie d’Alex Proyas est toutefois moins détestable que le sermon arrogant et cynique de Ridley Scott…

Egypte blanchie

Ce délire a été fraîchement accueilli aux Etats-Unis. La critique dénonce le «white-washing». Effectivement, 95% des personnages sont des top models ou des athlètes blancs. Toutefois Thoth est interprété par un comédien noir (Chadwick Boseman) et le pouvoir qu’a le dieu de la sagesse de se démultiplier à l’infini améliore les quotas. Par ailleurs, on distingue quelques basanés dans la foule des gueux. Alex Proyas est très énervé par ce qu’il ressent comme une injuste flambée de politiquement correct. Il traite publiquement ses détracteurs de «culs blancs» et d’«idiots dérangés».


Gods Of Egypt, d’Alex Proyas (Etats-Unis, Australie, 2015), avec Nikolaj Coster-Waldau, Gerard Butler, Brenton Thwaites, Geoffrey Rush, 2h07.