Le lauréat du Goncourt, le plus prestigieux prix littéraire français est revenu à Alexis Jenni, la révélation de la rentrée, pour son premier paru chez Gallimard. Encensé par la critique et vendu jusqu’ici à 56’000 exemplaires, «L’art français de la guerre» est une fresque épique entre Indochine et Algérie, au goût de sang et de sueur, qui questionne l’héritage de vingt ans de guerres coloniales. Un roman ambitieux et exigeant d’un professeur de SVT lyonnais de 48 ans.

Alexis Jenni l’avoue humblement, il se considérait jusqu’ici comme «un écrivain du dimanche». Cet agrégé de biologie n’a pourtant jamais cessé d’écrire depuis vingt ans, mais «de petites choses» restées dans ses tiroirs ou qui n’ont pas marché.

Il s’attelle voici cinq ans à ce livre, récit d’aventure et réflexion sur l’héritage des conflits coloniaux. Son épopée entre Indochine et Algérie achevée, il envoie son manuscrit de près de 700 pages, par la poste, à un seul éditeur, Gallimard, dont c’est le centenaire et qui flaire aussitôt la révélation de la rentrée. De rares auteurs ont déjà décroché le Goncourt avec un premier roman, dont Jean Rouaud en 1990 avec «Les champs d’honneur» et Jonathan Littell, en 2006, avec «Les bienveillantes».

Autre prétendante au Goncourt, et autre belle surprise de la rentrée, Carole Martinez, avec son deuxième roman à l’univers féerique, «Du domaine des murmures». Il est aussi publié chez Gallimard, qui fête son centenaire et pourrait bien le célébrer avec un nouveau Goncourt. Depuis 2000, la maison d’édition dirigée par Antoine Gallimard l’a obtenu à quatre reprises, contre deux à Grasset, sa rivale de toujours.

Sont aussi dans les starting-blocks, Sorj Chalandon, déjà sacré jeudi par le Grand prix du roman de l’Académie française pour «Retour à Killybegs» (Grasset), nouvelle plongée en Irlande du Nord, et Lyonel Trouillot, poète et romancier haïtien à la langue enchantée, avec «La belle amour humaine» (Actes Sud).

Outre la consécration, le Goncourt, créé en 1903, dope considérablement les ventes, avec 400000 exemplaires écoulés en moyenne. Quelque 200.000 pour le Renaudot. En 2010, le Goncourt avait couronné Michel Houellebecq pour «La carte et le territoire» (Flammarion), le Renaudot Virginie Despentes pour «Apocalypse bébé» (Grasset).

Le Renaudot à Emmanuel Carrère

Le prix Renaudot a lui couronné Emmanuel Carrère pour son fascinant «Limonov» (P.O.L), portrait du sulfureux Edouard Limonov, idole underground sous Brejnev, clochard à New York, écrivain branché à Paris et fondateur d’un parti ultranationaliste en Russie.

L’écrivain, qui faisait figure de favori pour ce prix convoité, a été choisi par le jury au deuxième tour par six voix contre quatre à Sylvain Tesson «Dans les forêts de Sibérie» (Gallimard).

Avant de devenir écrivain, scénariste et réalisateur, Emmanuel Carrère, né en 1957 à Paris, a débuté comme critique de cinéma à «Positif» et «Télérama». Ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de langues.

Son premier roman, «L’Amie du jaguar», est publié chez Flammarion en 1983, les suivants sortiront chez P.O.L: «Bravoure» (1984), «La Moustache» (1986), «La Classe de neige», Prix Femina en 1995 puis Prix du jury à Cannes en 1997 dans son adaptation à l’écran par Claude Miller.

En 2000, il publie «L’Adversaire», adapté au cinéma par Nicole Garcia, avant «Un Roman russe» (2007) et «D’autres vies que la mienne» (2009). Il a également réalisé deux films, «Retour à Kotelnitch» en 2003 et «La Moustache» avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos en 2005. En 2010, il a été membre du jury du Festival de Cannes présidé par Tim Burton.