Littérature

Le Goncourt couronne Eric Vuillard

«L’Ordre du jour», petit inventaire de moments historiques qui favorisèrent l’avènement d’Hitler, court roman très écrit, remporte la récompense la plus prestigieuse de la rentrée littéraire

C’est la bouteille à l’encre, avait tweeté Bernard Pivot en entrant en séance chez Drouant. Et, de fait, les jurés du Prix Goncourt devaient départager quatre bons livres, L’Art de perdre d’Alice Zeniter, L’Ordre du jour d’Eric Vuillard, Bakhita de Véronique Olmi, et Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel.

A 12h45 et quelques poussières – le temps d’annoncer le Renaudot qui va à Olivier Guez pour La Disparition de Josef Mengele (Grasset) – tombait la nouvelle, une excellente nouvelle à vrai dire: L’Ordre du jour d’Eric Vuillard, paru chez Actes Sud, est le nouveau Prix Goncourt 2017.

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Ce choix est étonnant pour plusieurs raisons. Le court roman d’Eric Vuillard est paru au printemps dernier. Il a slalomé entre les poids lourds de la rentrée littéraire qui visent les prix de l’automne, pour, fait inhabituel, se voir finalement couronné par la plus prestigieuse des récompenses francophones.

Plongée dans l’histoire

Il y avait, d'un côté, de grandes sagas pleines d’envol comme Bakhita de Véronique Olmi – qui raconte l’itinéraire d’une sainte, de sa condition d’esclave au Soudan jusqu’au Vatican – et L'Art de perdre d'Alice Zeniter – qui réinvente par le roman l’histoire d’une famille de harkis et, de l'autre, la longue rêverie hallucinée d’un écrivain cinéphile, qu’imagine Yannick Haenel dans Tiens ferme ta couronne. Le vainqueur, L’Ordre du jour est, au contraire, un livre serré, court, très écrit, plein d’ironie et qui revient, en quelques chapitres, sur l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

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Eric Vuillard se concentre sur certains épisodes où diplomates, financiers capitaines d’industrie ou hommes politiques particulièrement veules, secondent, souvent malgré eux mais parfois avec une coupable complaisance, l’ascension du Führer. Un livre qui plonge dans l’histoire, mais qui n’est pas sans écho avec le présent. Qui rappelle notamment que les compromissions historiques peuvent mener à des tragédies catastrophiques.


Eric Vuillard, «L’Ordre du jour», Actes Sud, 150 p.

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