Comme jalouse, la SSR veut faire aussi fort que le tunnel. Gothard, le téléfilm en deux parties de 90’diffusé lundi soir sur la RTS, bat aussi un record. Il constitue la production télévisuelle unitaire la plus chère du genre en Suisse, avec son devis de 5,7 millions de francs. Et comme pour le tunnel à 12 milliards, on peut considérer que la dépense est justifiée.

L’histoire: des mineurs aux investisseurs

L’histoire débute alors que le chantier a commencé. Elle repose sur le personnage de Max Bühl (Maxim Mehmet), jeune technicien allemand qui rêve d’être ingénieur, et de travailler pour l’ouvrage suisse. Il vient à Göschenen et se fait embaucher, doit partager une chambre avec un ouvrier et agitateur italien, tombe amoureux de sa logeuse, et rencontre Louis Favre, le concepteur genevois du tunnel – qu’incarne, bien, Carlos Leal. Max va prendre du galon, mais dans une compétition avec un collègue et comptable ambitieux. Dans le tunnel, il faut accélérer même la vitesse de percement, avec cet objectif fou pour ce temps-là, de forer 15 km dans la montagne…

Loin de ce monde de mineurs crasseux et de directeurs en gilet, les hommes en redingote de Berne et Zurich, les investisseurs qui exercent une pression extrême sur Alfred Escher, l’homme d’affaire et initiateur du projet, déjà figure de l’un des chapitres des Suisses, la saga nationale SSR de 2013.

Des anecdotes, mais aussi des dimensions réalistes

Gothard donne un peu trop dans l’anecdote et le sentiment, c’est un passage obligé du genre. Mais le réalisateur Urs Egger et les scénaristes, avec à la production le groupe allemand Zodiac (Heidi), abordent avec pertinence les diverses dimensions de l’aventure: le risque et la mort quand le tunnel s’effondre, l’audace périlleuse avec l’usage de la dynamite, les tensions ouvrières et de travail, les angoisses capitalistiques.

Göschenen, la Deadwood proprette des Grisons

Les concepteurs ne s’attardent pas dans le tunnel, un cadre austère, en dehors des drames et des essais avec les explosifs. L’épopée se concentre sur son camp de base. Göschenen est montrée comme une Deadwood sans boue et aux maisons plutôt proprettes. Les soirées deviennent beuveries défouloir et occasions de bagarres racistes entre Suisses et Italiens. L’expansion du chantier offre des possibilités d’affaires, le village se fait creuset national. Un Far East helvétique, où l’on se bat pour une ambition qui s’est perpétuée jusqu’à ce dimanche, par l’ouverture du deuxième tunnel.


Gothard. RTS Un, ce lundi, dès 20h45.


Ce lundi soir aussi, au Cinéma Capitole à Lausanne, la Cinémathèque suisse dévoile deux films sur le Gothard récemment restaurés.


Trois propositions à propos du Gothard