livre

Le goût de l’alpinisme chez les Soviets

Dans les années 30, un jeune Lausannois embarque pour Moscou. Il va exercer la médecine pendant deux ans en URSS. Mais son véritable rêve est de grimper sur les hautes cimes du Caucase

Genre: Souvenirs
Qui ? Pierre Jeanneret
Titre: Un Médecin lausannois en URSS (1936-1937)
Chez qui ? L’Aire, 89 p.

En 1936, un jeune diplômé lausannois, Henri Jeanneret, embarque pour Moscou. But de ce voyage, rare dans l’URSS de Staline: exercer la médecine, apprendre le russe, voir du pays.

A cette époque, la destination est plutôt prisée par les sympathisants communistes. Mais lui cherche ses racines: sa mère était venue de Russie à Lausanne pour accomplir des études de médecine au début du XXe siècle, à l’instar de nombreuses jeunes filles juives privées d’éducation supérieure dans l’empire du tsar.

Après une année à travailler dans un hôpital moscovite, Henri Jeanneret consacre l’été à son sport favori: l’alpinisme. Dans le Caucase, il entreprend l’ascension de l’Elbrouz (5642 mètres!). C’est à cette occasion que le Lausannois est témoin d’un phénomène unique au monde: «l’alpinisme de masse», favorisé par le pouvoir soviétique, alors que ce sport reste réservé à une élite en Occident. Tout comme Ella Maillart dans son récit Parmi la jeunesse russe (1930), Henri Jeanneret est frappé par l’enthousiasme de jeunes qui semblent mordre la vie à pleines dents.

Son témoignage, recueilli à la fin des années 80 par son fils Pierre Jeanneret (quelques années avant sa mort), n’est qu’une lorgnette d’observation minuscule de la réalité soviétique des années 30, qui fut marquée par d’atroces souffrances. L’auteur du présent ouvrage, Pierre Jeanneret, le sait bien, c’est pourquoi il complète les Mémoires du père avec des éléments de contextualisation et des notes utiles.

Au final, la superposition des angles de vue (le regard rétrospectif du père sur l’URSS et sur le jeune homme qu’il était, le regard bienveillant mais aussi critique du fils à l’égard du père) donne de la saveur et une certaine épaisseur à cet ouvrage.

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