Le Ministère français de la culture a lancé jeudi un appel au mécénat d’entreprise pour acquérir un célèbre manuscrit du marquis de Sade écrit en prison. Celui-ci vaut 4,55 millions d’euros.

Sade, âgé de 45 ans et lourdement condamné pour une série d’affaires de mœurs, est emprisonné à la Bastille en 1785 quand il recopie un long roman, Les Cent Vingt journées de Sodome.

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Dans son «avis d’appel au mécénat d’entreprise pour l’acquisition par l’Etat d’un trésor national» publié au Journal officiel, le ministère indique chercher des financements, contre réduction de l’impôt sur les sociétés, afin d’acquérir cet «extraordinaire manuscrit autographe du premier véritable ouvrage du marquis de Sade». Les entreprises étrangères qui paient des impôts en France peuvent y participer.

Ce «rouleau de papier» de 12 mètres de long, «accompagné de son étui», est destiné à la Bibliothèque nationale de France. Cet objet mythique de la littérature a connu un parcours mouvementé depuis sa rédaction, rappelle le ministère.

«Probablement découvert lors du pillage de la forteresse de la Bastille ou de sa démolition» à l’été 1789, il disparaît pendant plus d’un siècle. Il est racheté par un psychiatre allemand, Iwan Bloch, qui publie pour la première fois le roman en 1904.

Ouvrage volé et racheté

En 1929, un collectionneur, Charles de Noailles, l’acquiert à son tour. Il est volé à sa fille Nathalie par un éditeur qui le vend en 1982 au collectionneur suisse, Gérard Nordmann. Puis il est racheté à ses descendants en 2014 par un homme d’affaires français, Gérard Lhéritier, à l’origine d’une société qui fait l’objet d’une enquête pour escroquerie, Aristophil. Pour empêcher une nouvelle vente, la ministre de la Culture de l’époque Françoise Nyssen le classe «trésor national» en 2017.

Roman inachevé, Les Cent Vingt journées de Sodome, ou l’école du libertinage raconte les sévices sexuels inouïs imposés à des victimes enfermées dans un château par des libertins fortunés. Sade mourut en 1814 en pensant que son œuvre la plus importante était définitivement perdue.

Le Ministère de la culture a lancé jeudi un appel au mécénat d’entreprise identique pour l’acquisition d’un autre «trésor national», à savoir «un ensemble de manuscrits autographes d’André Breton», poète surréaliste français (1896-1966). La somme à réunir est de 900 000 euros.