Une pimpante bourgade au bord de l’eau. En tendant l’oreille, on pourrait entendre tintinnabuler au loin les cloches des vaches. Au sommet de la colline se dresse l’usine de chocolat, symbole d’opulence. Tout respire le calme et le «y en a point comme nous». C’est dans ce biotope ripoliné que vit et travaille Papa Moll (Stefan Kurt), la quarantaine rondouillarde, une houppette au sommet de son crâne chauve, un gilet de tricot rouge et un veston bleu qu’on devine Pien Kouzu Zolid… Il habite avec Mama Moll et leurs trois enfants, Willy, Fritz et Evi, dans une coquette maison familiale, avec un bout de jardin.

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Mais le propre en ordre est un état transitoire de la suissitude. Un robinet en panne ouvre une première brèche dans la quiétude, suivie par une flèche de Fritz qui se colle, plop!, sur le casque de l’agent de police. Les trois petits Moll sont rackettés par deux sales gosses, une chipie rousse et un lardon brutal, puis injustement punis par la maîtresse d’école, Frau Streng. Sur ces entrefaites, le cirque Pompinelli débarque en ville et avec lui de nouveaux ennuis, liés à Tschips, le teckel volant, tandis qu’à l’usine la fabrication des marmottes en chocolat s’emballe. Papa Moll galope à hue et à dia pour essayer d’enrayer un enchaînement de catastrophes domestiques…

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Cacao bouillant

Manuel Flurin Hendry, à qui l’on doit Strähl, un film noir, trouve le ton juste pour adapter au cinéma les bandes dessinées qui enchantent les petits Alémaniques depuis plus de soixante ans. L’Extraordinaire Week-end de la famille Moll traduit en teintes pimpantes l’esthétique idéalisée et charmante des années 50-70. Ce modèle de comédie familiale bien rythmée ne pèche pourtant pas par mièvrerie. Le film infuse une touche de second degré dans la nostalgie et fait passer un souffle subversif sur le chromo de la Suisse éternelle. Les cadences infernales exigées par le directeur de l’usine aboutissent à la destruction de l’outil de production, d’éruptions de cacao bouillant en mitraillades de noisettes. Le home sweet home est saccagé par deux garnements cupides et boulimiques. Les numéros du cirque se grippent. La police est ridiculisée dans la tradition chaplinienne…

La raison du cœur finit par l’emporter. La marmotte de chocolat renaît de ses cendres, le teckel volant est adopté, Frau Streng sourit, la faille sort raffermie de l’épreuve et tout rentre dans le propre en ordre. «L’humeur est au beau fixe jusqu’aux prochaines frasques de Fritz» promet en off une ultime rime de mirliton.


L’Extraordinaire Week-end de la famille Moll (Papa Moll), de Manuel Flurin Hendry (Suisse, Allemagne, 2017), avec Stefan Kurt, Isabella Schmid, Luna Paiano, Maxwell Mare, Yven Hess, 1h30.