Ils ne juraient que par le jazz électrisé. A la fin des années 1990, quand certains proclamaient que les musiques swing et dérivées seraient définitivement enterrées par le siècle neuf, l'incursion de mixeurs patentés dans l'univers improvisé réveillait les festivals dédiés à l'Afro-Amérique bleue. Le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer, entre autres activistes réformateurs, s'imposait alors dans les bacs de disquaires et sur les scènes internationales avec un son que la chronique ne rechignait pas à comparer au Miles Davis des années 1970. Pourtant, la rencontre du jazz et de l'électronique ne dépassait pas souvent l'ambition d'un soliste sur lit de synthèse inaltérable.

La chimie de Tenor

Ce soir, le Miles Davis Hall accueille une génération de musiciens pour lesquels la démarche ne relève pas de la confrontation d'esthétiques, mais de la chimie. Ils ont ouvert des big band, alors que les jazzmen eux-mêmes s'y résolvent plus rarement que jamais. Le Finlandais Jimi Tenor et l'ensemble norvégien Jaga Jazzist, qui incarnent à leur manière propre la suprématie de la Scandinavie dans ces genres croisés, renouent avec une tradition orchestrale qui dépasse le cadre strict du jazz mais ne cesse d'y puiser. Dans Jaga Jazzist, jeune formation signée chez Ninja Tune, le tuba ou le trombone sont traités comme autant de bibliothèques sonores dans lesquelles les samples s'immiscent sans rupture. Ils se coltinent toutes les approches (electro, funk, rock), s'autorisent à improviser longuement et conçoivent des structures évolutives proches du cadavre exquis.

Pour Jimi Tenor, saxophoniste dont la discothèque monumentale lui sert de matière première, la scène se dessine désormais en formule acoustique. Avec dix musiciens – des cuivres, pour la plupart –, le dandy septentrional retourne à ses outrances d'arrangeur mauve, son obsession pour les bandes originales et les ambiances de salon métropolitain. Dans les deux cas, comme chez le DJ londonien Matthew Herbert qui a publié récemment un disque en big band, la tentative de renouveler la musique instrumentale passe par des successions de collages, des constructions dramatiques et des volte-face que la confrontation aux outils électroniques a sans doute inspirées.

La renaissance des big band ne constitue pas un retour à une forme d'authenticité de la musique soufflée, tapée, articulée. Pour ces créateurs qui tous ont écouté Duke Ellington et ses suites mosaïques, le jazz de grand format pourrait bien être abordé comme la géométrie qui a anticipé le mieux l'invention du sampleur.

«Jazz, Groove & Beats» avec David Holmes Free Association, Jaga Jazzist, Jimi Tenor et Laurent Garnier/Bugge Wesseltoft. Me 9 juillet, dès 21 h. Miles Davis Hall. www.montreuxjazz.com