Quelle rêverie aurait tirée Jean-Jacques Rousseau de cette visite-là, dans cette bâtisse où il a vu le jour à Genève? Il aurait poussé la porte du 40, Grand-Rue, qui ne s’appelait pas ainsi à sa naissance en 1712, se serait étonné de tomber sur un bar coquet, se serait réjoui de découvrir ses œuvres dans un drôle de format, en français, certes, mais aussi dans des langues inconnues. Il aurait demandé le nom de cet immeuble au cachet austère, mais baigné d’une clarté nouvelle. On lui aurait répondu «Maison Rousseau de la littérature» (MRL) et on aurait ajouté qu’elle serait ouverte au public le 21 avril. Il en aurait rougi d’aise. Et peut-être même d’orgueil.

A ce revenant, qui ne s’est jamais éclipsé, on pense un instant tandis que Manuel Tornare, ancien maire de Genève et président du Conseil de fondation de la MLR, joue avec bagou les patrons d’auberge. Cette maison dédiée à la littérature et à l’auteur de Julie ou la Nouvelle Héloïse est la première du genre en Suisse romande, souligne-t-il. C’est aussi le rêve réalisé de l’écrivaine genevoise Sylviane Dupuis, du poète et professeur d’université Martin Rueff et de Guillaume Chenevière, cet encyclopédiste joyeux qui jardine dans toutes les allées du savoir.