Critique: Werner Güra et Fabrizio Chiovetta

La grâce du lied allemand

Werner Güra est un ténor d’une grande sensibilité. Pourvu d’un timbre léger et d’une belle pureté, il s’est fait une spécialité du lied. Mercredi soir, il donnait un récital avec le pianiste genevois Fabrizio Chiovetta au Festival Amadeus de Genève. C’était la première fois que les deux artistes se rencontraient à la scène. Ils ont forgé une belle entente, toujours plus libres et soudés au fil du récital.

D’emblée, Fabrizio Chiovetta campe une atmosphère de mystère dans Der Wanderer de Schubert. Werner Güra chante tout en intériorité, suggérant l’abattement du poète romantique. La voix n’est pas très volumineuse, et la sécheresse de l’acoustique dans la Grange de la Touvière fait que l’on entend la moindre scorie (certaines notes étant un peu décolorées). Mais voilà qu’il se chauffe et qu’il trouve les justes intonations pour suggérer les différents climats des lieder de Schubert.

Né à Munich, le ténor cisèle les mots avec art. La diction est tour à tour mordante et feutrée. Fabrizio Chiovetta développe une belle palette de nuances à l’accompagnement. Il tire des sonorités cristallines du piano, suggérant par ailleurs les palpitations du désir dans les plus emportés Bei dir allein et Willkommen und Abschied. Dans ce dernier lied , Werner Güra marque enfin les accents forte , alors qu’il reste globalement cantonné à une veine intimiste .

Les deux artistes livrent un très beau Dichterliebe de Schumann, en seconde partie. Certes, la voix de Werner Güra manque un peu de coffre et de poids dramatique dans «Im Rhein, im heiligen Strome», «Ich grolle nicht» et «Die alten, bösen Lieder». Mais les autres lieder sont chantés avec infiniment de grâce et de poésie. Le ténor traduit bien l’oscillation entre espoir et désillusion. Il insuffle une malicieuse dose d’ironie à «Ein Jüngling liebt ein Mädchen». L’accompagnement de Fabrizio Chiovetta est raffiné et inspiré, avec de très belles sonorités dans l’aigu. Le lied An den Mond de Schubert, d’un lyrisme idyllique, et la reprise de «Ein Jüngling liebt ein Mädchen» – tous deux donnés en bis – achèvent d’enthousiasmer le public.