Il vient de finir son dessert, quitte la table où, depuis plusieurs minutes, des rires n'ont cessé d'éclater. David Hallyday s'approche, l'œil franc, à l'affût. Il porte un pull couleur sable, un pantalon kaki, des baskets usées. Un garçon simple, tout le contraire de son image publique. A 34 ans, David Hallyday semble gagné par une étrange sérénité. Marié depuis près de dix ans à Estelle, top model sans chichi, il mène une vie plutôt rangée entre la Californie et Paris. Une existence aux antipodes de celle vécue jadis par son père, Johnny Hallyday. Un inconnu ou presque qu'il a découvert en grandissant: «Un père permet de fixer des limites à la liberté souvent anarchique de l'enfant. Ce contact masculin m'a un peu manqué à un moment. Paradoxalement, cela m'a appris à être indulgent, à pardonner. J'ai mieux compris mon père lorsque j'ai commencé à chanter professionnellement comme lui. Le métier exige des sacrifices terribles. Il a fallu attendre ce pardon pour que l'on apprenne à se connaître. Cela date d'il y a dix ans. Mon père n'a pas vraiment la fibre paternelle. Je suis devenu son fils lorsque je suis monté sur scène.»

Plus que le chant, c'est la composition qui passionne David Hallyday. A peine peut-il marcher qu'il commence à jouer de la batterie. C'est à force d'écrire des phrases musicales qu'il s'est décidé à travailler sa voix, dans le but de faire vivre les refrains qui trottaient dans sa tête. Adolescent, il commence à prendre des cours de chant à un rythme soutenu. Il travaille sa voix, muscle ses cordes vocales. Si aujourd'hui il confie ne plus avoir besoin de chauffer sa voix avant un récital, il connaît ses limites et ne se compare pas à un interprète classique. «J'aime beaucoup les voix de ténors comme Florent Pagny. Son interprétation de «Caruso» m'a totalement bluffé. Je ne pourrais pas le faire.»

Voilà vingt minutes que la conversation navigue de sujet en sujet. Légère, anodine. Le tutoiement, adopté naturellement dès les premières questions, vire au vouvoiement. Brièvement. Le regard fixé sur l'interlocuteur change soudain d'angle. «Contrairement à beaucoup d'Européens, je n'ai aucun complexe à être ambitieux. Enseigner à ses enfants l'envie de réussir est selon moi très positif. C'est ce que Sylvie, ma mère, m'a appris. C'est une battante. Très tôt, j'ai voulu être reconnu. Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé qu'il fallait avant tout être honnête avec soi-même. C'est en cela que j'ai beaucoup changé ces dernières années. Les grandes carrières sont rares, et elles récompensent les gens qui ne trichent pas, comme mon père par exemple.»

Le père toujours et encore. David Hallyday n'aime pas trop en parler. Du moins pas de manière abstraite. L'évocation de Sang pour sang, dernier album de Johnny Hallyday, dont David a été le compositeur, libère le flot de paroles. «Il fallait éviter de faire du Johnny. Musicalement, j'avais envie d'entendre ce que j'aime le plus de lui. Des mélodies dramatiques, fortes et shakespeariennes. Un peu ce qu'il a fait dans les années 70. Question textes, il fallait éviter le cliché du type «Je suis seul, désespéré» qui lui colle à la peau. Je voulais qu'il parle de ses déchirures, de thèmes qu'il préfère éviter. Et notamment de nos relations. Il est très pudique. Ce n'est pas par hasard si son interprétation est très forte. L'émotion est là.»

David Hallyday, mercredi 12 à l'Arena, Genève, et vendredi 14 à Nendaz, dans le cadre des Francofolies. Un paradis/ Un enfer, CD de David Hallyday (Mercury – Universal).