Classique

Grâces haendeliennes à Genève

Carré d’as au Victoria Hall: Emmanuelle Haïm, son Concert d’Astrée, Sandrine Piau et Tim Mead ont magnifiquement servi des pièces de Haendel

En une semaine, Genève concentre des concerts parmi les plus forts de sa saison. Sur six programmes hebdomadaires (dont le Chamber Orchestra of Europe dirigé par Leonidas Kavakos et Renaud Capuçon avec David Fray en duo lundi passé), on compte deux Requiem. Le fabuleux de Verdi, incendié lundi par Teodor Currentzis (LT du 10.04.2019), précède le monumental de Brahms que dirigera Marek Janowski vendredi. Une Passion s’invitera encore dimanche: la Saint Matthieu par Gli Angeli. Les mélomanes sont gâtés!

Les notes dans la chair

Entre ces puissants monuments vocaux, une pépite délicate s’est incrustée mercredi: «Desperate Lovers», titre de la tournée européenne d’Emmanuelle Haïm. A l’affiche de ce rendez-vous sur instruments anciens figure une compilation d’airs de Haendel avec Sandrine Piau et Tim Mead pour les chanter. Autant dire un carré d’as entre la cheffe, son Concert d’Astrée et les deux solistes. Avec la musique la plus harmonieuse qui soit pour inspirer ces musiciens de choix.

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Dans cette heureuse combinaison, la grâce s’est invitée. La soprano française, fleuron du répertoire baroque et mozartienne réputée, a ouvert sa palette aux œuvres d’horizons variés. La délicatesse de son style, la netteté de ses vocalises, sa fluidité mélodique et son timbre lumineux ont gagné en intensité et en carnation. Elle se situe aujourd’hui au sommet de son art. On savoure son sens consommé de l’expressivité et sa façon d’attaquer les notes directement dans la chair, des airs les plus déplorés (les bouleversants Verso già l’alma col sangue d’Aci ou Ah, mio cor d’Alcina) aux plus colériques (Neghittosi, or voi che fate? de Dalinda notamment).

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Des voies de lumière

Pour lui donner la réplique, la blondeur vocale plus sablée de Tim Mead s’épanouit au fil du programme. La vocalité agile du contre-ténor britannique (Più d’una tigre altero d’Andronico, Vivi, tiranno de Bertarido) et sa souplesse de ton (Vaghe pupille d’Orlando) s’harmonisent dans les duos où l’entrelacs des voix se fait particulièrement rayonnant.

Quant à la cheffe Emmanuelle Haïm, montée sur ressort et engagée de tout son corps, elle enroule l’accompagnement autour des chanteurs de façon aussi vive qu’affectueuse. Son Concert d’Astrée la suit sans compter, ouvrant avec elle des voies de lumière.

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